Sénégal : ça chauffe au procès d’Hissène Habré

Le procès de l’ancien Président tchadien Hissène Habré se poursuit à Dakar, au Sénégal, piloté par les Chambres africaines extraordinaires. Ce mardi, la défense a tenté de démonter les accusations faites la veille par une dame, Khadidja Hassan Zidane, qui a confié avoir été violée à « quatre reprises » par Hissène Habré.

A Dakar,

La salle 4 du Palais de justice de Dakar a connu deux jours bouillonnants au cours du procès de l’ancien Président tchadien Hissène Habré. Ce mardi 20 octobre 2015, la défense a tenté de démonter les accusations faites la veille par Khadidja Hassan Zidane, qui a confié avoir été violée à « quatre reprises » par Hissène Habré.

Violée à « quatre reprises » par Hissène Habré

La vedette du lundi, jour de réouverture du procès, a été Khadidja Hassan Zidane. Elle a en effet déclaré avoir été violée par Hissène Habré. La dame avoue avoir été obligée de coucher à quatre reprises avec l’ancien Président tchadien. Elle a ensuite confié que c’était au tour des autres agents de sécurité qui ont pris le relais pour des scènes de viols qui se déroulaient à la présidence de la République. Elle, qui affirme avoir passé trois ans et 15 mois de détention, déclare avoir subi des sévices de toutes sortes. Khadidja est allée jusqu’à citer des agents de la sécurité qu’elle dit tous reconnaître, citant même leurs noms, sous la houlette de Younouss Saleh, qui sont venus l’arrêter. « J’ai subi beaucoup de souffrances, beaucoup d’atrocités ».

« Dans cette affaire, elle a menti »

Mais pour la défense, il s’agit là d’une accusation grossière contre un ancien chef d’Etat et qu’il faudra permettre un huis clos pour un examen médical et analyser les cicatrices. La défense est allée plus loin, avec notamment Me Abdoul Gningue qui a tenté de démonté la version de la dame qui, selon lui, a cité deux « agents qui ne se sont pas rencontrés durant leur service, et qui ont agi sur elle au même moment. C’est incohérent ». « Dans cette affaire elle a menti », a lancé l’avocat qui a aussitôt été interrompu dans son propos par le Président des Chambres africaines extraordinaires qui lui intime de « respecter le témoin. Je vous en pris Me, respectez le témoin », répète-t-il. Mais l’avocat refuse de se plier et demande à son tour « à la cour de respecter l’accusé. Depuis hier, vous avez laissé le soin aux soi-disant victimes de raconter tout ce qu’ils veulent sur un ancien chef d’Etat… ». Le président le coupe une nouvelle fois et demande à l’avocat de s’asseoir : « Me vous vous asseyez, c’est moi qui ai la direction de ces assises ». Le conseil de Habré refuse et lui rétorque : « j’ai la parole et c’est ici ma place, debout ».

Le ton monte ente la défense et le juge

Après un échange assez aigre dans ce sens, de bons offices font plier l’avocat qui finit par s’asseoir. La tension est à son paroxysme dans la salle, les esprits bouillonnent. La séance est suspendue pendant près d’une heure pour ensuite reprendre avec la défense, mais un autre conseil de Habré, qui a tenté lui aussi de démonter les accusations de Khadidja, visiblement peinée certes, dont l’incohérence de certaines accusations été soulignée, dates et faits à l’appui. Le procès Hissène Habré sera sans aucun doute jonché de rebondissements, compte tenu des enjeux, d’autant que les conseils de l’ancien chef d’Etat semblent décidés à démonter l’accusation de celle qui a soutenu avoir été violée par l’ex-Président, qui lui aurait planté un stylo dans les partie intimes.