
Ce vendredi 26 juin, les Lions de la Teranga abordent leur match contre l’Irak comme leur dernière chance dans ce Mondial. Le coup d’envoi doit être donné à 21h, heure de Paris, au BMO Field de Toronto. Mais, quel que soit le résultat, la campagne sénégalaise a déjà pris des allures de révélateur avec des primes non versées, une intendance contestée, un sélectionneur longtemps sans contrat clair et la blessure d’Édouard Mendy… Le malaise dépasse largement le terrain.
Il devait être l’un des porte-drapeaux du football africain dans cette Coupe du monde élargie. Il en est, pour l’instant, l’un des grands naufragés. En deux matchs, le Sénégal est passé du statut d’outsider redouté à celui d’équipe fragilisée. Après la défaite contre la France (3-1), les Lions ont encore cédé face à la Norvège d’Erling Haaland (3-2).
Deux matchs, zéro point, une différence de buts défavorable, une défense fébrile et un gardien titulaire touché. Le tableau est sombre avant d’affronter l’Irak. Le Sénégal dispose pourtant d’une colonne vertébrale qui reste, en théorie, impressionnante avec Sadio Mané, Kalidou Koulibaly, Ismaïla Sarr ou Nicolas Jackson. Mais une Coupe du monde exige une préparation sans approximation. Et c’est précisément ce que les Lions semblent avoir égaré en chemin.
Un scénario qui s’est retourné contre les Lions
Contre la France, le Sénégal a longtemps donné le sentiment de pouvoir exister, avant de céder dans les moments clés. Contre la Norvège, le scénario a été plus cruel encore avec des erreurs défensives. Sur le troisième but norvégien, Kalidou Koulibaly manque son dégagement sur un centre de Marcus Pedersen, Patrick Berg remet pour Haaland, et la Norvège prend le large.
La réduction du score d’Ismaïla Sarr, à la 90e+3, a entretenu l’idée d’une équipe capable de réagir. Mais elle est arrivée trop tard pour sauver un point. C’est le paradoxe de cette équipe qui dispose d’un effectif riche, mais plombé par des sautes de concentration fatales. À ce niveau, chaque retard, chaque approximation, chaque duel perdu pèse double.
Face à l’Irak, le calcul est simple, il faut gagner, si possible largement, et espérer un concours de circonstances pour se placer parmi les meilleurs troisièmes. Le nouveau format à 48 équipes offre encore une chance aux repêchés, mais le Sénégal part de trop loin pour avoir son destin entièrement en main. Une courte victoire pourrait ne pas suffire. Un nul ou une défaite fermerait définitivement la porte.
Primes, intendance, contrat : le vestiaire parasité
À ce malaise sportif s’est ajouté un bruit de fond destructeur. Selon Sport News Africa, qui a révélé les tensions dans la délégation sénégalaise, des primes promises aux joueurs n’auraient pas été versées, notamment après la CAN et la qualification au Mondial. L’affaire fragilise une fois encore le contrat moral entre les joueurs et leur fédération. Les joueurs peuvent accepter la pression d’une Coupe du monde, beaucoup moins l’impression d’être mal considérés par leur propre encadrement.
L’intendance a fait le reste. Le choix du camp de base aux États-Unis et l’absence du cuisinier habituellement associé à la sélection ont poussé certains cadres à commander leurs repas à l’extérieur. Des détails aberrants à ce niveau de la compétition, où la logistique conditionne directement la performance physique et mentale.
L’image est d’autant plus délicate que ces reproches arrivent dans un contexte où la présence d’une délégation fédérale fournie a alimenté les critiques. Le contraste entre les dysfonctionnements logistiques remontés par les joueurs et le nombre d’accompagnants autour de l’équipe nourrit un sentiment de désordre. Au moment où le Sénégal avait besoin de silence, de rigueur et de concentration, il a emmené ses tensions internes jusqu’au Canada.
Le cas Pape Thiaw a encore accentué cette impression de flou. Avant le match contre la Norvège, le sélectionneur a reconnu des « dysfonctionnements », tout en assurant que son groupe restait concentré. Son contrat, longtemps non réglé, a finalement été paraphé sur le tard, mais trop tard pour effacer l’idée d’un encadrement flottant. « Ça a pris trop de temps », a-t-il admis. Difficile de mieux résumer le problème.
La blessure au genou d’Édouard Mendy contre la Norvège est venue ajouter une dernière couche de fragilité. Au moment de jouer sa survie, le Sénégal perd l’un de ses cadres historiques, dans une compétition déjà largement abîmée par les affaires de coulisses.
Un capital sportif dilapidé
Même si le Sénégal parvient à arracher une qualification de dernière minute face à l’Irak, le mal est fait. Ce Mondial 2026 laissera le goût amer d’un immense gâchis, celui d’un groupe talentueux, mais fragilisé par des erreurs sportives, des tensions internes et un encadrement administratif incapable de protéger son vestiaire. Sur la pelouse de Toronto, les Lions ne jouent donc pas seulement leur avenir dans le tournoi. Ils tentent aussi de sauver ce qui peut encore l’être d’une campagne déjà lourdement abîmée.




