Sena Degadu, chanteuse ovni

Née d’un père ghanéen et d’une mère hongroise, la chanteuse Sena Degadu, encore méconnue en France, en a surpris plus d’un par sa puissante voix soul, qui rappelle celle de Tina Turner ou encore Aretha Franklin. La jeune femme de 30 ans, installée à Budapest, propose un album très groovy, aux sonorités diverses, mêlant, afrobeat, hip-hop, électro, jazz, reggea, pop, ou encore rock. Un opus frais, futuriste, inclassable, qui montre une fois de plus que la musique n’a pas de frontière. Rencontre avec une diva sans chichi, qui se révèle à son public telle qu’elle. Authentique. Rencontre.

Quand on lui demande de chanter en live, sans micro, à la rédaction d’Afrik.com, devant quelques journalistes, qui retiennent leur souffle, elle accepte volontiers. Sans faire de chichi. Ni la diva. Elle est juste Sena Degadu. Libre. Authentique. De passage à Paris, alors qu’elle n’est même pas encore sur scène, face à son public, elle ne tient plus en place. Une vive énergie émane de la jeune femme charismatique, aux fins de phrases ponctués par de grands éclats de rires. Et c’est telle qu’elle est réellement, croquant la vie à pleine dent, que celle qui arbore des rastas, parce qu’elle déteste se peigner les cheveux, se montre dans son album. « Cet album, c’est moi, c’est un bon aperçu pour découvrir qui je suis », confie-t-elle. Elle est aussi bien dans sa peau. Et ça se voit. Du haut de ses 1 m70, vêtue d’un ensemble noir, et coiffée d’un chapeau orné d’une banderole rouge, elle assume fièrement ses rondeurs.

« Pourquoi choisir entre toutes ces musiques ? »

Elle ne cache pas son impatience de présenter aux mélomanes de la capitale française son deuxième album Lots of trees, composé de 13 titres. Sortie dix ans après le premier, elle confirme qu’il n’a rien à voir avec le précédent, où elle rappait surtout. La chanteuse, née d’un père ghanéen et d’une mère hongroise, a dû puiser au plus profond de son âme pour ressortir le meilleur d’elle même dans cet nouvel opus. Avec sa voix soul puissante, chaleureuse, elle chante avec une aisance déconcertante dans plusieurs registres musicaux. Divers sonorités se mêlent, s’entremêlent : afrobeat, jazz, électro, reggae, hip-hop, rock, pop… Un cocktail musical explosif. Futuriste. Résultat d’expériences musicales très poussées. Tissées en toute liberté. Sans limite. Ni barrière. « A travers cet album je voulais montrer que la musique « n’a pas de frontière, du Ghana à la Hongrie », défend Sena Dagadu. Elle rappelle d’ailleurs que ses musiciens sont Hongrois, pour la plupart, hormis deux qui sont originaires du Ghana. Et qu’il lui arrive souvent d’enregistrer ses titres dans la capitale ghanéenne, Accra. Etre cloisonnée dans une case, elle refuse catégoriquement. « Pourquoi devrais-je choisir alors que j’aime toutes ces musiques et que je me sens à l’aise dans chacune d’elles », questionne-t-elle, en haussant les épaules.

Chez moi au Ghana comme en Hongrie

Les artistes qui l’ont inspirés sont nombreux : Tina Turner, TLC, Barry White, Bob Marley, Lauryn Hill, Jimmy Cliff, Police… « A la maison, mes parents écoutaient beaucoup de musique. Mon père aimait surtout la soul. Ma mère adorait la musique classique tel que Beethoven, mon frère raffolait du reggae et ma sœur du hip-hop. Toutes ces sonorités différentes que j’entendais durant mon quotidien mon nourries », raconte-elle. Ces inspirations musicales, elle les a puisées aussi bien au Ghana qu’en Hongrie. Elle se sent chez elle dans ses deux pays d’origine. « Je suis africaine et Hongroise ! », clame-t-elle fièrement. En Hongrie, où elle a fait ses preuves sur la scène musicale, elle n’a plus rien à prouver. Au Ghana, elle y retourne tous les ans, et s’y produit régulièrement sur scène. Lors de son séjour à Accra, elle a même eu l’opportunité de faire un duo avec la chanteuse Nnekka, originaire du Nigeria et de l’Allemagne. Le titre Grit my teeth, écrit en à peine une heure, a été enregistrée dans la foulée avec cette dernière, de passage à Accra, pour soutenir la Fondation des femmes. « Mon mari a lourdement insisté pour que j’enregistre un duo avec elle, alors que je ne l’avais jamais rencontré auparavant. Ça s’est fait très rapidement, mais c’était un formidable moment », se remémore-t-elle en riant.

Le Ghana et la Hongrie lui ont permis de réaliser ses rêves et de devenir ce qu’elle est aujourd’hui, aime-t-elle préciser. Elle rit d’ailleurs toujours lorsqu’elle raconte comment ses parents se sont rencontrés à Budapest. C’est à l’hôpital que leurs yeux se croisent pour la première après y avoir été admis tous les deux. Son père, jeune et brillant étudiant, venu déposer ses valises dans la capitale hongroise pour étudier, réussit à charmer sa mère, avec un humour à la sauce africaine. Ils se marient. Et rentrent tous les deux au Ghana. C’est de cette union que naît : Sena Degadu, qui rappelle que sa maman, passionnée par les perles, s’est installée à Accra, où elle gère son magasin, et donne régulièrement des conférences à l’internationale sur sa passion. « Au Ghana, ma maman est chez elle, elle a trouvée sa place », dit-elle.

« A Budapest j’ai trouvé une famille »

Le Ghana n’a pas de secrets pour la chanteuse qui y est née et y a vécu jusqu’à ses 18 ans. Ce n’est qu’en 2001, qu’elle décide de s’installer à Budapest pour poursuivre ses études universitaires et mieux connaitre les origines de celle qui l’a mise au monde. C’est là-bas aussi qu’elle rencontre son mari, qui est son producteur. Une petite fille voit le jour trois ans après leur union. La vie à Budapest, capitale qu’elle découvre pour la première fois, n’est pas de tout repos. Sans compter qu’elle a parfois dû faire face au racisme. Des réflexions désagréables liées à sa couleur de peau l’ont heurté. « Mais aujourd’hui, les choses ont bien changé en Hongrie, je me sens en sécurité à Budapest. Je n’ai pas peur, j’y suis heureuse. En 10 ans, les mentalités ont beaucoup évolué », note-t-elle. Elle y trouve son salut, après sa rencontre avec de nombreux musiciens dans la capitale hongroise. Sa vie prend alors un nouveau tournant. « Après quelques moments de solitude, ils sont devenus rapidement une famille pour moi. Ils m’ont soutenu, et aidé à me réaliser », confie-t-elle.

Pourtant, la chanteuse n’avait au début pas pour ambition de faire carrière dans la musique, qu’elle considérait comme une passion avant tout. Puis petit à petit, comme un oiseau, elle fait son nid. Elle ne se détachera plus de cet univers, écrivant ses textes, se représentant sur scène pour râper, ou accompagner des artistes en duo. Elle a de bons retours. Le public lui en redemande. Ses proches la pousse alors à s’investir davantage pour tracer son chemin. De fil en aiguille, elle développe sa voix. Se cherche. Et finit par se trouver. Lots of trees est le résultat de toutes ces années d’expériences. « Aujourd’hui je sais ce dont je suis capable de faire avec ma voix, ma musique ». Et c’est précisément ce qu’elle compte partager avec son public. Parée pour faire son show sur la scène parisienne, elle tente déjà de s’exprimer en français. Mais pour l’heure elle ne pense pas à quitter Budapest pour Paris, où elle a trouvé son nid.

L’album Lots of trees sort officiellement le 11 février.
Il sera disponible sur le site :

Sena Dagadu se produira sur scène le jeudi 6 février au China, à Paris.