Sassou Nguesso prêt à retrousser ses manches

Au lendemain du scrutin présidentiel de dimanche, l’actuel chef de l’Etat, Denis Sassou Nguesso, qui en l’absence d’opposition forte devrait être plébiscité par les urnes, revient sur la légitimité des résultats à venir. Il explique la politique de réconciliation nationale qu’il entend mener s’il est élu. Interview.

Denis Sassou Nguesso s’achemine vers une victoire quasi assurée aux élections présidentielles dont le premier tour s’est tenu dimanche au Congo. En l’absence d’adversaires de poids dans la campagne l’actuel Chef de l’Etat est en passe d’être reconduit pour un nouveau mandat à la tête du pays. Très à l’aise et détendu, il regrette en aparté que les paisibles élections congolaises aient été éclipsées dans les médias par les événements au Zimbabwe, et il explique les actions qu’il compte mener en faveur de la réconciliation nationale et du développement national. Denis Sassou Nguesso balaie tout procès en légitimité de sa future probable élection, suite au retrait d’André Milongo, la grande figure de l’opposition, dans la course à la présidence.

Afrik : Vous allez selon toute vraisemblance être plébiscité par les urnes. Est-ce que le retrait d’André Milongo, votre principal adversaire, n’entache pas la légitimité de votre future élection ?

Denis Sassou Nguesso : Pourquoi voulez-vous que Monsieur Milongo soit mon adversaire principal ? C’est la presse et les journalistes qui le présentent comme tel, qui le fabriquent comme une personne qui me serait redoutable. En 1992, quand il était Premier ministre de la Transition, il avait eu les pleins pouvoirs pour organiser les élections. Il n’avait eu que 10 % des voix. En ce qui concerne les élections, il y a des lois qui les régissent. Si je suis élu, je le serai sans en avoir violé aucune.

Afrik : Si vous êtes élu, est-ce que vous comptez entamer un processus de réconciliation nationale ?

Denis Sassou Nguesso : Nous prévoyons une loi d’amnistie pour rassembler tous les Congolais, quels qu’ils soient, dans une nouvelle dynamique nationale.

Afrik : Même Monsieur Lissouba et Monsieur Kolélas ?

Denis Sassou Nguesso : S’ils veulent rentrer, on discutera pour trouver une solution. Mais il ne faut pas qu’ils fassent comme Monsieur Kolélas qui avait essayé de rentrer  » à la hussarde  » dans le pays. Je crois à la réconciliation nationale. Lors de ma campagne présidentielle, je suis allé dans le Sud du pays, dans le village même de Monsieur Lissouba. J’ai discuté avec des membres de sa famille. Tout le monde aspire à la paix. Pour le dernier référendum Monsieur Lissouba et Monsieur Kolélas avaient appelé au boycott : ils n’ont pas été suivis. Vous verrez que les résultats du vote de dimanche dans la région ne me donneront pas tort.

Afrik : Quels actes forts comptez-vous mener si vous êtes réélu ? Comptez-vous suivre les directives de la Banque mondiale ou du Fonds monétaire international (FMI) pour redresser le pays ?

Denis Sassou Nguesso : Je ne compte pas faire comme nous l’indique la Banque mondiale ou le FMI. Car ils n’ont aucune recette qui ait convaincu. Ils parlent de lutte contre la pauvreté, mais on assiste à un phénomène de flux financiers inversés entre l’Afrique et l’Occident. Nous leur donnons plus d’argent qu’ils ne nous en donnent. Est-ce que c’est comme cela qu’on lutte contre la pauvreté ? Ils cherchent à tout prix les équilibres macro-économiques même si les gens s’entre-tuent. Nous allons nous battre pour reconstruire en premier lieu les infrastructures de base dans le pays. Jusqu’aux pistes agricoles pour désenclaver les producteurs et faciliter les échanges.

Afrik : Vous avez déjà été de nombreuses années à la tête du pays. Comment allez-vous faire ce que vous n’avez jamais pu faire jusqu’ici quand vous étiez au pouvoir ?

Denis Sassou Nguesso : Le problème ici est que l’on casse toujours ce qu’on a construit. S’il n’y avait pas eu les avatars de l’histoire, si le progrès était cumulatif, si on pouvait travailler dans la durée, alors les choses seraient bien différentes. C’est le pari que je propose aux Congolais de tenir maintenant tous ensemble.