Rwanda : Le premier pasteur jugé pour génocide par le TPIR sort de prison

Le pasteur adventiste, Elizaphan Ntakirutimana, premier homme d’église jugé par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour sa participation au génocide de 1994 et premier condamné de cette juridiction onusienne, est sorti de prison mercredi en fin de matinée. Il était incarcéré au centre de détention du TPIR à Arusha, dans le nord de la Tanzanie.

Doyen d’âge des détenus du TPIR, le pasteur adventiste Elizaphan Ntakirutimana, âgé de 82 ans, avait été condamné définitivement à 10 ans de prison après avoir été reconnu coupable de massacres de Tutsis en 1994 dans le complexe adventiste de Mugonero (ouest du Rwanda) dont il était responsable.

Le complexe abritait une église, un hôpital et une école d’infirmières. Sanglé dans un costume kaki, le pasteur a été accueilli à sa sortie de prison par son épouse et un des ses fils. Affaibli par l’âge et la maladie, il a déclaré à la presse qu’il ne savait pas où aller, l’administration du tribunal n’étant pas encore parvenue à lui trouver un pays d’accueil.

Le pasteur clame toujours son innocence

Ntakirutimana qui refuse de retourner au Rwanda va être temporairement logé par le TPIR à Arusha, en attendant qu’un pays d’accueil lui soit trouvé, selon une source au greffe du tribunal. Comme il l’avait clamé lors de son procès en première instance et en appel, le pasteur a déclaré qu’il n’avait jamais tué personne de sa vie. « J’ai été condamné sur la base de fausses accusations », a-t-il réitéré d’une voix à peine audible.

Ntakirutimana avait été arrêté le 29 septembre 1996 aux Etats-Unis et transféré à Arusha le 24 mars 2000, au terme d’une longue bataille juridique contre son extradition. Il laisse à la prison du TPIR son fils, Gérard, un médecin, condamné à 25 ans de prison. Trois autres hommes d’église, les abbés catholiques Athanase Seromba, Emmanuel Rukundo et Hormisdas Nsengimana sont détenus par le TPIR pour leur rôle présumé dans le génocide de 1994 au Rwanda.

Le plus haut responsable religieux jamais arrêté par ce tribunal des Nations unies, l’évêque anglican Samuel Musabyimana, est décédé en détention en 2003 avant même l’ouverture de son procès. Depuis sa création par l’ONU en novembre 1994, le TPIR a prononcé à ce jour 26 condamnations et 5 acquittements.