Rififi au sommet de l’Etat togolais

L’ex-Premier ministre togolais, Agbéyomé Kodjo, remercié par son président, Gnassingbé Eyadéma, a décidé de prendre  » le maquis « . Il a quitté clandestinement son pays et veut entrer dans l’opposition.

 » Le président de la République agit comme si nous étions dans un régime d’exception, assurant le contrôle des trois pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. La diplomatie togolaise fait piètre figure sur la scène internationale car les turpitudes du régime, le mensonge et le double langage, la fausse apparence de respectabilité et d’honorabilité dont cherche à se parer le chef de l’Etat ne trompent personne si ce n’est lui-même et ses missi dominici avides de gains faciles « . L’ancien Premier ministre togolais, Agbéyomé Kodjo, démis jeudi dernier, n’a pas de mots assez durs pour qualifier le régime du général Gnassingbé Eyadéma. Dans un document de 14 pages daté du 27 juin, jour de son remplacement par Koffi Sama, il s’en prend violemment à la gestion népotique du  » clan familial « .

Kodjo entre dans la résistance

L’étalage de linge sale effraie le parti au pouvoir, le Rassemblement du peuple togolais (RPT).  » Ce garçon ne représente absolument rien politiquement, je vous le dis ! Peut-être est-il surmené. En tout cas il n’a pas démissionné, c’est moi qui l’ai remercié. C’est l’opposition qui le manipule. Je suis habitué à ça « , tente de minimiser le président Eyadéma au correspondant de l’Afp. Mais au RPT, la rébellion de l’ancien Premier ministre est considérée comme un séisme politique car c’est la première fois qu’un homme du sérail assez haut placé entre dans la dissidence. Une rébellion d’autant plus inquiétante que l’un ancien président de l’Assemblée nationale, Dahuku Péré, lui-aussi membre du PRT, avait claqué la porte de son parti.

L’opposition togolaise, heureuse de cette affaire, ne veut pas pour autant voir en Agbéyomé Kodjo un partenaire sérieux. Le Parti des démocrates pour le renouveau (PDR) et le Comité d’action pour le renouveau (CAR) soulignent que l’ancien Premier ministre a servi fidèlement Eyadéma pendant un quart de siècle. Et que son réquisitoire ne fait que confirmer  » la calamité que représente le pouvoir togolais sur le plan politique et économique, et sur la question des droits de l’homme « .

En exil, l’ancien Premier ministre, qui tait son lieu de résidence, affiche son ambition de renverser le régime d’Eyadéma.  » Aujourd’hui, mon choix est clair : je choisis d’aider cinq millions de Togolais à prendre en main leur destin, à refuser l’aventure et l’imposture, à tordre le cou au tribalisme rétrograde, à renvoyer aux oubliettes de l’histoire le régime obscurantiste d’Eyadéma, à tourner définitivement la page de la honte politique, économique, culturelle et sociale « , affirme-t-il dans son document-réquisitoire.