Réfugiés et déplacés en Afrique centrale

A l’issue d’une conférence internationale sur les réfugiés et les personnes déplacées en Afrique Centrale, une déclaration dite  » de Kinshasa  » sollicite l’élargissement du mandat du HCR en vue des interventions spécifiques en faveur des déplacés de guerre.

La conférence parlementaire internationale sur les réfugiés et les déplacés de guerre s’est terminée vendredi 27 octobre sur une déclaration en 11 points dont on peut essentiellement retenir la volonté expresse des participants de demander aux Nations Unies d’élargir le mandat du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés de sorte qu’en plus de s’occuper des réfugiés, il soit à même de prendre en charge les déplacés de guerre.

Pendant trois jours, sur initiative de l’Association des Parlementaires Européens pour l’Afrique (AWEPA), les parlementaires venus du Gabon, d’Angola, de Centrafrique, du Congo-Brazzaville, de Zambie et de la République Démocratique du Congo ont débattu de la double et délicate question des réfugiés et des déplacés de guerre, dont le nombre ne cesse de croître avec la multiplication des conflits armés. Au bas mot, près d’un million de réfugiés errent de frontières en frontières en Afrique Centrale sans qu’aucune solution véritable à leur situation ne soit trouvée. Plus nombreux encore sont les déplacés de guerre si l’on considère que rien que pour la RDC, ils sont plus de 2 millions. Leur péché est de n’avoir jamais traversé de frontière, préférant rester à l’intérieur de leur pays.

Partir, c’est mourir un peu

Si des conventions internationales ont quelque peu résolu la question de la prise en charge des réfugiés politiques ou de guerre, rien n’est malheureusement prévu jusqu’ici pour les déplacés de guerre. Leur sort est laissé à la seule responsabilité des Etats, lesquels, en Afrique, semblent trop empêtrés dans des problèmes de gestion quotidienne des questions politiques pour se préoccuper de la situation des victimes des guerres. A moins tout simplement qu’ils n’en aient pas la volonté politique.

Les mouvements migratoires des réfugiés en Afrique centrale offrent un tableau particulièrement pitoyable. L’Angola, avec ses 36 ans de guerre ne cesse de déverser ses réfugiés sur la RDC et la Zambie, le Congo-Brazzaville, à la suite de la guerre de 1997, a exporté ses réfugiés vers la RDC, la RCA et le Gabon. A son tour, la RCA, après avoir hébergé les réfugiés rwandais, burundais, soudanais et congolais a déversé son lot de réfugiés sur la RDC. Enfin, la RDC qui héberge le grand nombre de réfugiés dans la sous-région, soit environ 500 000, a déversé ses ressortissants sur la Zambie et surtout sur la Tanzanie. Comment et par qui toutes ces personnes sont-elles prises en charge ? C’est la raison de la rencontre de Kinshasa.

Absence de législation

Il était donc temps que les parlements d’Afrique centrale se penchent plus sérieusement sur la question. En RDC, les parlementaires ont reconnu qu’il n’existe aucune législation régissant les réfugiés. « La question des réfugiés est directement réglée par l’Etat qui intéresse le HCR suivant un plan qui vise la gestion des réfugiés, nous a confirmé Me Mukubi, parlementaire congolais. Sur ce point, je pense que le gouvernement s’est montré défaillant. Il appartient donc maintenant au parlement congolais de concevoir une loi qui règle définitivement la question « .

La question des réfugiés se pose avec une particulière acuité sur la frontière Est de la RDC où, par vagues successives, des milliers de réfugiés ont été déversés dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Réfugiés en péril

« Ou le HCR est complice dans le pourrissement de la crise ou il ne fait pas bien son travail, s’est insurgée Mme Jacqueline Maneno, parlementaire, originaire de la province du Sud-Kivu. C’est par humanité que nous avons accueilli toutes les vagues des réfugiés rwandais et burundais. Cela remonte aux années 1936. Le Congo était encore une colonie de la Belgique. Avec le temps, les réfugiés ont transformé les terres mises à leur disposition par les autorités coutumières, sur demande du HCR, en propriétés perpétuelles, privant ainsi les populations autochtones de la jouissance de leur patrimoine foncier. Plus grave, les réfugiés ont oublié leur statut de réfugiés et se sont auto-proclamés Congolais sans passer par le processus normal d’acquisition de la nationalité. La guerre actuelle est une des conséquences de cette mauvaise gestion de la question des réfugiés par le HCR.  »

 » Nous attendons de faire connaître la spécificité de la question des réfugiés rwandais sur la scène internationale parce que c’est la communauté internationale, à travers l’opération Turquoise, qui avait estimé que la solution au problème rwandais était d’infiltrer deux millions de réfugiés rwandais au Congo en 1994 sans demander l’avis des Congolais. Aujourd’hui, le Rwanda nous mène la guerre prétendument pour des raisons sécuritaires parce que les réfugiés de 1994 constituent une menace permanente. Nous allons demander à l’Awepa de nous aider à relayer nos plaintes et lamentations afin d’être soulagés du fardeau rwandais et d’éviter ces guerres à répétition « .

Heureusement, les réfugiés ne causent pas que des problèmes dans les pays d’accueil. Le délégué du HCR au Congo-Brazzaville a donné l’exemple du Mozambique ou des réfugiés zambiens avaient été suppliés par la population mozambicaine de rester au Mozambique du fait de leur contribution appréciable à l’économie du pays. La conférence a également recommandé aux Etats de l’Afrique centrale de privilégier les relations de bon voisinage afin d’éviter les conflits.