RDC : RSF alerte sur une hausse record des arrestations de journalistes à l’Est


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Liberté de la presse
Liberté de la presse

L’ONG Reporters sans frontières tire la sonnette d’alarme sur la dégradation rapide de la liberté de la presse dans l’est de la République démocratique du Congo. Arrestations, menaces, exils forcés et journalistes tués s’accumulent dans un contexte marqué par l’intensification du conflit armé. Pris entre groupes rebelles et forces gouvernementales, les professionnels des médias évoluent dans un environnement devenu l’un des plus dangereux du continent.

Le métier de journaliste en République démocratique du Congo (RDC) ressemble de plus en plus à une mission suicide. Dans un rapport alarmant intitulé « Dans la peau d’un journaliste des Grands Lacs », publié ce jeudi 26 mars 2026 à Kinshasa, l’ONG Reporters sans frontières (RSF) dresse un constat implacable : l’est du pays est devenu l’épicentre du danger pour les professionnels des médias dans la région. Depuis 2021, l’intensification des combats a transformé cette zone riche en ressources en un terrain particulièrement hostile où la liberté de la presse est systématiquement piétinée.

Un bilan humain et sécuritaire dramatique

Les chiffres avancés par RSF font froid dans le dos. Sur les 500 journalistes arrêtés dans la région des Grands Lacs au cours de la dernière décennie, plus de la moitié l’ont été en RDC. Le pays détient également le triste record du nombre de reporters tués dans l’exercice de leurs fonctions, avec cinq décès recensés depuis 2021, dont quatre dans les seules provinces de l’Est.

La situation s’est encore aggravée avec la chute de villes stratégiques comme Goma et Bukavu aux mains du M23 au début de l’année 2025. Dans ces zones sous administration parallèle, les voix dissidentes sont purement et simplement muselées. Certains journalistes ont même été enfermés dans des conteneurs transformés en prisons de fortune, entassés avec des dizaines d’autres détenus.

Entre l’enclume du M23 et le marteau des FARDC

La formule utilisée par Jeanne Lagarde, responsable du plaidoyer pour l’Afrique subsaharienne chez RSF, résume parfaitement le calvaire des reporters : ils sont pris entre « l’enclume du M23 et le marteau des FARDC ». D’un côté, les rebelles du M23 imposent une véritable « formation idéologique » à certains journalistes et censurent les programmes des radios communautaires pour imposer leur narratif.

De l’autre, le gouvernement et l’armée congolaise (FARDC) n’hésitent pas à accuser les professionnels des médias de complicité avec l’ennemi ou le Rwanda dès que le ton ne leur convient pas. Cette pression constante force de nombreux professionnels à l’exil vers Kinshasa ou les pays voisins, quand ils ne décident pas purement et simplement d’abandonner le métier pour sauver leur vie.

La bataille du narratif et la censure institutionnelle

Au-delà des violences physiques, le conflit à l’Est a engendré une guerre de l’information sans précédent. RSF pointe du doigt une intensification de la désinformation orchestrée par les deux camps. En RDC, le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) est accusé de prendre des décisions s’apparentant de plus en plus à une censure d’État sous couvert de contrôle du discours de guerre.

Cette chape de plomb s’ajoute à une précarité économique extrême qui fragilise les rédactions, rendant les journalistes encore plus vulnérables aux pressions politiques et financières. Dans ce contexte, produire une information indépendante et vérifiée relève désormais de l’héroïsme.

Maceo Ouitona
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Maceo Ouitona est journaliste et chargé de communication, passionné des enjeux politiques, économiques et culturels en Afrique. Il propose sur Afrik des analyses pointues et des articles approfondis mêlant rigueur journalistique et expertise digitale
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