RDC : la proposition d’un scrutin présidentiel au « suffrage indirect » fait débat

Bureau de vote (Crédit photo : RFI)

La proposition de certains parlementaires, membres du Front commun pour le Congo(FCC) sur l’opportunité d’organiser le scrutin présidentiel au suffrage indirect, suscite les réactions de la classe socio-politique en République Démocratique du Congo. Si le FCC, regroupement politique de l’ancien chef de l’Etat Joseph Kabila, met en exergue la réduction des dépenses et la transparence de ce mode électoral, l’opposition et la société civile rejettent cette idée, qui risque de favoriser la « corruption » et la « fraude électorale ».

La classe socio-politique est en ébullition après la réflexion de certains parlementaires membres du Front commun pour le Congo(FCC), dont le député Alphonse Ngoy Kasanji, sur l’opportunité d’organiser le scrutin présidentiel au suffrage indirect. Ce regroupement politique de l’ancien chef de l’Etat, Joseph Kabila, estime que ce mode électoral est moins coûteux et moins critiqué puisque le Président serait élu par les grands électeurs. Un argument rejeté en bloc par l’église catholique, l’opposition et la société civile.

«  C’est l’argent qui va s’imposer » !

Pour la Conférence épiscopale nationale du Congo( CENCO), l’organisation du scrutin présidentiel à suffrage indirect favoriserait la corruption et la non redevabilité des élus devant la population. « Nous avons encore, frais à l’esprit, le scandale de corruption qui a caractérisé les élections des sénateurs, et nous sommes encore dans un environnement où la corruption constitue un mode de gouvernance. Ce n’est pas dans cet environnement qu’on va se hasarder à opter pour les élections indirectes, avec les acteurs politiques actuels. C’est l’argent qui va s’imposer (…) Il faudrait que la population soit la référence principale des gouvernants de ce pays, qu’ils comprennent que pour rester au pouvoir, ils doivent satisfaire la population », a déclaré Donatien N’shole, Secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), cité par Actualité.cd.

De son côté, l’Association Africaine des Droits de l’Homme (ASADHO), une organisation de la société civile, pense que la proposition du camp Kabila risque d’exposer le pays à un cycle de désordre et favoriser la corruption. « Ceux qui veulent faire revenir Joseph Kabila au pouvoir par une porte dérobée doivent savoir qu’il n’y aura pas d’élections au suffrage indirect, en RDC, pour la députation et la Présidentielle. Ils veulent exposer le pays au désordre pour rien. Utilisez la corruption pour autre chose », a déclaré Jean Claude Katende, président national de cette organisation.

« Je m’opposerai radicalement à l’élection du président au suffrage indirect »

La réflexion des parlementaires du FCC ne passe aussi dans l’opposition. Selon un cadre de « Lamuka », cette plateforme regroupant les caciques de l’opposition, dont Martin Fayulu et Moïse Katumbi, le mode électoral au suffrage indirect réduit le pouvoir du chef de l’Etat. « Dans un contexte d’irresponsabilité et de jeu électoral vicié on ne peut pas continuer à réduire la base électorale d’un président de la République. Je m’opposerai radicalement à l’élection du président au suffrage indirect (…), a réagi Jean Jacques Mamba, haut cadre du Mouvement pour la Libération du Congo (MLC), parti politique membre de l’opposition.

Par ailleurs, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), allié de taille du camp Kabila n’est pas favorable aussi pour l’organisation de l’élection présidentielle au suffrage indirect. « Les élections présidentielles en République Démocratique du Congo seront toujours organisées au suffrage universel direct », lance Ted Baleshayi, Secrétaire exécutif national de la ligue de jeune de l’UDPS, parti du chef de l’Etat congolais Félix Tshisekedi.