RD Congo : A Goma, l’heure de la paix a sonné

Les travaux proprement dits de la conférence sur la Paix, la Sécurité et le Développement du Nord et du Sud Kivu (2 provinces de l’Est de la RDC) débutent effectivement, ce mercredi, à Goma, chef-lieu du Nord Kivu. Depuis l’ouverture des travaux, dimanche dernier, plusieurs questions, notamment l’accréditation des participants ainsi que leur prise en charge (logement, restauration, transport …), n’ont pas été résolues.

Notre correspondant à Kinshasa

Les organisateurs se disent « dépassés » par le nombre impressionnant et toujours croissant des délégués voulant assister à la conférence. Alors qu’ils attendaient 500 participants, ils indiquent qu’aujourd’hui les candidats à la participation à ces assises sont au nombre de 800. Pendant 9 jours de débats et discussions autour de quatre principaux thèmes – enjeux et défis de la paix, enjeux et défis de la sécurité, enjeux et défis du développement et enjeux humanitaires –, ces hommes et femmes de toutes catégories socio professionnelles des provinces troublées du Nord Kivu et du Sud Kivu (frontalières du Rwanda, Burundi et Ouganda) vont chercher de nouveaux mécanismes de stabilité et d’harmonie entre les différentes ethnies.

La séance d’ouverture de dimanche dernier, à laquelle participait toute la crème politico-sociale de la RDC, le corps diplomatique accrédité en RDC ainsi que des délégations étrangères, dont la ministre suédoise de la coopération et du développement a été présidée par le Ministre d’Etat en charge des Affaires intérieures, Denis Kalume Numbi, représentant personnel du président Kabila «empêché pour des raisons d’Etat». Dans son message lu par le ministre des Affaires intérieures, le président de la République Démocratique du Congo, a indiqué que c’est pour la première fois dans l’histoire du Congo, que les fils et filles de deux provinces, interpellés par leur conscience, se réunissent de leur gré, par delà les clivages, avec pour seuls et uniques objectifs, la paix, la sécurité et le développement dans leurs provinces. Aussi, a-t-il estimé que l’événement est de taille. « J’ose espérer qu’elle est aussi le prélude à une discussion franche, sereine et constructive de tous les problèmes qui, depuis des décennies, sont la cause de troubles à répétition dans cette partie du pays, avec pour corollaires, des nombreuses pertes en vies humaines, une insécurité endémique, des écosystèmes naturels et des infrastructures socio-économiques de base perturbés », a-t-il déploré.

La responsabilité des conférenciers

S’adressant aux conférenciers, le chef de l’Etat souligne ceci dans son, message : « Votre responsabilité est donc grande, vous délégués à cette Conférence. Il vous revient de trouver les voies et moyens de mettre fin aux pleurs de nos enfants prématurément rendus orphelins, mettre fin aux humiliations de nos filles, mères et sœurs, plusieurs fois déplacées, souvent violées ; à l’errance forcée des familles entières, injustement arrachées de leurs terres. Bref, mettre fin à l’ironie du sort qui veut qu’une région qui a tout pour prospérer semble être condamnée au désespoir. Tel est donc le défi qu’en une dizaine de journées, de réflexion, vous êtes collectivement appelés à relever ». Plutôt que de susciter pessimisme et découragement, le président Kabila a émis le vœu que «ces douleurs ; souvent endurées dans nos chairs, puissent forger la détermination des uns et des autres à aborder, sans complaisance, tous les sujets à l’ordre du jour et à leur trouver, quoi qu’il en coûte, des solutions opératoires plutôt qu’illusoires ».

De son côté, la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) a, dans un mémorandum remis à la presse, mis en garde contre la « balkanisation » du pays et recommandé aux participants « de ne point déroger sur les acquis importants » notamment la Constitution du pays qui « a résolu le problème de la nationalité ». Pour la Cenco, « il serait inacceptable que la conférence de Goma remette en question les institutions (du pays) ou qu’elle devienne un nouveau lieu de partage du pouvoir en marge des mécanismes constitutionnels ».

L’ombre de Laurent N’kunda

Des participants à ces travaux ont répondu nombreux à l’invitation lancée par les organisateurs de la Conférence. Le CNDP (congrès national pour la défense du peuple) de l’ex-général insurgé Laurent Nkunda est représenté par onze délégués dont deux militaires. Elle est conduite par Mr René Abandi, un ressortissant nande (grande ethnie du Nord Kivu) et porte-parole du mouvement. Abordé par la presse, il a déclaré que si les problèmes de fond sont abordés, il n y aura plus de guerre. Dans le cas contraire, il faudra tirer toutes les conséquences qui s’imposent. Même son de cloche du côté du major Séraphin Mirindi, le porte-parole militaire du CNDP qui a salué la tenue de ces assises qui, a-t-il dit, n’apporteraient la paix que « si l’on tenait compte de nos revendications ». Pour sa part, la société civile des deux provinces multiplie boycott et participation, selon que les organisateurs promettent satisfaction à leurs revendications ou ne les appliquent pas.

Espoirs et méfiances

La grand messe de Goma s’est ouverte sur fond de méfiances et de colères d’une partie de la population. Colère également des participants qui ne sont pas encore pris en charge, y compris certains médias qui attendent toujours leurs accréditations. Malgré ces problèmes, les espoirs sont permis, à en croire les réactions diverses recueillies auprès des participants. Tous disent être venus pour mettre en place une paix durable dans les provinces du Nord et du Sud Kivu.

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