Radio Tam Tam chez l’Oncle Sam

Radio Tam Tam est le premier programme radiophonique à destination des immigrés africains aux Etats-Unis. Il couvre, depuis le 1er mars, cinq grandes villes à forte population africaine. Entre musique et informations, il transporte par les ondes un peu d’Afrique.

Mody Diagne est Sénégalais et habite depuis 9 ans aux Etats-Unis, après un passage universitaire en France. Consultant en communication, il a créé en 1999 Radio Tam Tam, un programme radiophonique d’informations à destination des Africains installés au pays de l’Oncle Sam. Du lundi au samedi, de 6h15 à 7h30, ce programme bilingue anglais-français rapproche un peu les Africains de leur continent natal. Une première.

Afrik : Comment est née Radio Tam Tam ?

Mody Diagne : J’ai créé ce programme en 1999 car il n’existait rien aux Etats-Unis qui permette de se tenir au courant de l’actualité africaine au jour le jour. Les médias américains ne s’intéressent pas à l’Afrique et quand ils en parlent, c’est toujours pour évoquer des guerres ou des famines. Pourtant Dieu sait qu’il y a des choses positives sur le continent ! J’ai pensé au projet alors que j’effectuais une mission en Asie du Sud-Est. Je m’y suis senti complètement coupé de l’Afrique. L’idée d’un programme radio pour tenir au courant la diaspora africaine où qu’elle soit dans le monde s’est imposée comme une nécessité.

Afrik : Le programme, qui a débuté à Philadelphie, couvre aujourd’hui cinq villes américaines…

Mody Diagne : L’émission a d’abord été diffusée sur une chaîne multiculturelle à Philadelphie et Atlantic City. Nous nous sommes aperçus qu’il y avait un potentiel en terme de ressources publicitaires et nous avons décroché des contrats importants avec de grandes compagnies comme Western Union ou la Banque de l’Habitat du Mali mais aussi avec les ambassades africaines à Washington et les entrepreneurs africains basés sur le territoire américain. Il faut savoir que le temps d’antenne ici coûte très cher, entre 100 et 200 dollars de l’heure…C’est donc avec une base financière solide que nous avons lancé le programme le 1er mars dernier à Washington, Baltimore et Atlanta.

Afrik : Pourquoi ces villes ?

Mody Diagne : Nos sponsors voulaient toucher au maximum la population africaine immigrée. Nous avons donc effectué un travail de deux ans pour déterminer les villes les  » plus africaines « . On s’est rendu compte que Washington était une véritable  » petite Afrique  » et qu’Atlanta comptait une très forte concentration d’Africains. Quant à Philadelphie, les chiffres officiels du Centre d’études ethniques de la ville font état de 65 000 immigrés. Ce chiffre concerne ceux qui possèdent leur carte de résident… mais il y a les autres, sans papiers.

Afrik : Quels sont les points forts de la programmation ?

Mody Diagne : De la bonne musique ! Et puis nous revendiquons une perspective africaine du traitement de l’information. Nous travaillons avec Panapress (agence de presse panafricaine basée à Dakar, ndlr) par exemple. Nous avons six consultants qui animent une rubrique particulière. Deux avocats experts en matière d’immigration viennent une fois par semaine traiter d’un sujet spécifique : comment s’intégrer dans la société américaine, comment placer son argent, comment remplir sa feuille d’impôts, le divorce… Nous utilisons la radio comme moyen d’informer les gens sur leur vie quotidienne aux Etats-Unis. Nous avons un spécialiste de l’éducation qui aide les parents et une femme qui traite de la santé, du bien-être familial, qui explique où se faire soigner lorsqu’on n’a pas d’argent car c’est possible et peu de gens le savent.

Afrik : Quels sont vos auditeurs ?

Mody Diagne : Sur les cinq villes réunies, nous comptons entre 200 et 350 000 auditeurs quotidiens. Grâce à notre site Internet qui permet d’écouter la radio de n’importe où et gratuitement, nous recevons des emails d’auditeurs du Canada ou du Japon… Nous n’avons pas un profil très précis mais disons que nos auditeurs ont entre 25 et 50 ans et qu’ils reviennent du travail très tard ou y partent très tôt. Je sais qu’il y a un autre programme radio pour la communauté africaine à New-York mais Radio Tam Tam est la seule qui couvre une étendue aussi large.

Afrik : De quels pays viennent les Africains installés aux Etats-Unis ?

Mody Diagne : D’abord du Liberia, puis du Mali, de Guinée, de Côte d’Ivoire et du Sénégal. L’immigration africaine francophone a connu un boom vers la fin des années 80. Les immigrés viennent de toutes les couches de la société mais je vois de plus en plus de gens qui, une fois à la retraite en Afrique, viennent aux Etats-Unis pour commencer une seconde carrière. Ils trouvent des emplois dans la sécurité et s’assurent de bons revenus. Il paraît que la population immigrée venant d’Afrique est la plus instruite.

Afrik : Quels problèmes rencontrent-ils sur le sol américain ?

Mody Diagne : Ils arrivent dans un système très différent. L’Amérique est un pays d’opportunités où le plus difficile, c’est d’être en règle. Pour beaucoup se pose le problème de la langue. Et puis les Africains n’ont pas l’esprit de compétition qui règne ici, ils ne sont pas individualistes, ils ont le sens de la communauté. Ils sont souvent un peu déphasés les premières années mais finissent par s’adapter.

Afrik : Ils trouvent donc le moyen de se rassembler…

Mody Diagne : Oui, il y a différentes associations, par communautés et par pays qui aident les immigrés à s’insérer. Il y a deux ans, une association principale s’est créée afin d’en être le porte-parole devant les autorités. Et puis il y a des sites, comme Seneweb, fait par des Sénégalais de l’Etat de Virginie et Boubah, un site guinéen basé au Canada. Je travaille beaucoup avec eux.