Racisme raus

Le procès des agresseurs du ressortissant mozambicain se veut exemplaire face aux dérives racistes qui se multiplient Outre-Rhin.

Le verdict est sévère : la perpétuité pour le majeur, Enrico Hilprecht, 24 ans et boulanger de son état, neuf ans de prison pour ses compères mineurs âgés de seize ans. Ces jeunes gens, au terme d’une soirée bien arrosée, ont battu à mort, dans la nuit de 10 au 11 juin 2000 à Dessau (ville de Saxe-Anhalt), Alberto Adriano, un Mozambicain.

En annonçant son verdict, le juge allemand soulignait que le Mozambicain, Alberto Adriano n’avait été battu et tué que parce qu’il était noir. Un des adolescents avouera d’ailleurs sa haine des  » nègres  » durant son interrogatoire.

Alberto Adriano, âgé de 39 ans, vivait depuis douze ans en Allemagne où il avait d’ailleurs épousé une enfant du pays.

La peine infligée aux skinheads allemands est exemplaire et traduit la volonté des politiques de lutter contre ce fléau. Le chancelier Gerhard Schroeder, en réaction à ce verdict, affirmait que celui-ci était une « réponse claire de l ‘Etat de droit à un acte épouvantable « .

Alberto Adriano et l’Angolais Antonio Amadeu, tué en 1992, sont malheureusement morts. Ils comptent au nombre des Africains victimes des néonazis.

Un singulier racisme allemand

Au contraire de pays comme la France, l’Allemagne ne peut être considérée comme une grande nation d’immigrés. La population allemande compte 9% d’immigrés à l’Ouest et un peu moins à l’Est. La communauté africaine est l’une des moins représentées avec environ 300 000 âmes. L’expression du racisme en Allemagne présente néanmoins quelques particularités. L’une d’elle est qu’elle est portée par une population jeune. Ce qui suppose que cette tendance perdurera dans l’avenir.

Par ailleurs, le racisme se pose parfois comme un problème Est-Ouest. Le racisme semble être plus virulent dans les nouveaux landers où l’immigration est pourtant très faible. Selon Libération, 44% des attaques racistes ont lieu dans l’ ex-Allemagne de l’Est. Alors que celle-ci ne regroupe que 19% de la population allemande. L’argument est malheureusement réducteur quand on sait qu’il y a aussi des dérives extrémistes à l’Ouest.

Une Allemagne qui se garde de réveiller les démons du nazisme

Le gouvernement allemand a tenté de se préserver de ces dérives en interdisant, en 1993, certains groupements politiques nazis. Ce qui n’enlève rien à leur activisme, officiellement admis pour certains d’entre eux. Les entreprises allemandes soucieuses de soigner leur image sur le plan international s’intéressent, elles aussi à la lutte contre le racisme, rapporte le quotidien Libération.

La recrudescence des manifestations racistes devrait donner une nouvelle impulsion à la lutte contre l’extrême droite. Comprendre les raisons qui poussent une minorité d’Allemands à faire des étrangers l’objet de leur courroux, serait une première étape.