
Après le retrait de l’ancien président sénégalais Macky Sall, Olara Otunnu reste le seul Africain encore candidat au poste de secrétaire général des Nations unies. Diplomate ougandais de 76 ans, ancien chef de la diplomatie de son pays et ancien secrétaire général adjoint de l’ONU, il dispose d’une longue expérience internationale.
La succession d’António Guterres se poursuit sans Macky Sall. L’ancien président du Sénégal a annoncé, samedi 17 octobre 2026, le retrait de sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies, au lendemain d’un nouveau scrutin informel du Conseil de sécurité. Ce départ laisse Olara Otunnu, candidat de l’Ouganda, seul représentant du continent africain dans la course au plus haut poste administratif de l’organisation.
Olara Otunnu, un diplomate chevronné
Né le 6 septembre 1950, Olara Otunnu est un diplomate et homme politique ougandais dont le parcours s’étend sur plusieurs décennies. Formé à l’université Makerere, à Oxford et à Harvard, il s’est fait connaître dans les milieux diplomatiques avant d’occuper des fonctions importantes au sein des Nations unies.
Il a été ministre des Affaires étrangères de l’Ouganda dans les années 1980, avant de présider l’International Peace Academy, aujourd’hui appelée International Peace Institute, de 1990 à 1998. Cette organisation basée à New York travaille sur les questions de paix, de sécurité internationale et de résolution des conflits.
C’est toutefois au sein de l’ONU qu’il a exercé l’une de ses fonctions les plus marquantes. En 1997, le secrétaire général de l’époque, Kofi Annan, l’a nommé premier représentant spécial chargé de la question des enfants et des conflits armés. Otunnu a occupé ce poste de 1997 à 2005, avec le rang de secrétaire général adjoint des Nations unies.
Durant cette période, il a contribué à placer la protection des enfants touchés par les conflits armés au centre des préoccupations internationales. Son travail a participé au développement de mécanismes de surveillance des violations commises contre les enfants dans les zones de guerre et à l’inscription de cette question à l’agenda du Conseil de sécurité.
L’un des résultats importants de cet engagement est la résolution 1612 du Conseil de sécurité, adoptée en 2005. Elle a établi un mécanisme de surveillance et de communication de l’information sur les violations graves commises contre les enfants dans les conflits armés. Ce dispositif demeure une référence dans le travail des Nations unies sur la protection de l’enfance en temps de guerre.
Après son passage à l’ONU, Otunnu a poursuivi ses activités politiques en Ouganda, où il a dirigé le Congrès du peuple ougandais, l’un des partis historiques du pays, entre 2010 et 2015. Il a également défendu des initiatives de réconciliation dans le nord de l’Ouganda, région marquée par des années de conflit.
Un programme axé sur les conflits et la réforme de l’ONU
En présentant Olara Otunnu, le gouvernement ougandais a mis en avant ses décennies d’expérience dans la diplomatie internationale, la gouvernance et les affaires multilatérales. Le candidat défend une organisation capable de mieux répondre aux conflits et de retrouver une autorité morale dans un monde traversé par les guerres et les rivalités entre puissances.
Dans son programme, il promet d’accorder une priorité immédiate aux efforts visant à mettre fin aux grands conflits internationaux. Il plaide également pour la poursuite des réformes institutionnelles de l’ONU, afin d’améliorer son fonctionnement et sa capacité d’action. Le diplomate ougandais propose aussi la création d’un organe chargé de coordonner les travaux des Nations unies sur la gouvernance de l’intelligence artificielle.
Une succession qui se joue au Conseil de sécurité
Le secrétaire général des Nations unies est nommé par l’Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité. Cette procédure donne un poids important aux quinze membres du Conseil, en particulier aux cinq membres permanents : les États-Unis, la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni. Chacun de ces cinq pays dispose d’un droit de veto.
Pour être recommandé, un candidat doit obtenir au moins neuf voix favorables au Conseil de sécurité et ne pas se heurter au veto d’un membre permanent. Les scrutins informels organisés jusqu’ici servent à mesurer les soutiens et les oppositions, sans constituer le vote final.
À l’issue du scrutin du 16 octobre, aucun des sept candidats alors soumis à l’évaluation du Conseil n’avait réussi à obtenir le soutien de l’ensemble des cinq membres permanents. Les candidats originaires d’Amérique latine et des Caraïbes, notamment Rebeca Grynspan, du Costa Rica, Rafael Grossi, de l’Argentine, et Carolyn Rodrigues-Birkett, du Guyana, figuraient parmi ceux ayant recueilli le plus de soutiens, même si chacun faisait également face à des oppositions.
La succession d’António Guterres se déroule par ailleurs dans un contexte où plusieurs États défendent l’idée qu’une femme pourrait enfin accéder à la tête de l’organisation. Depuis sa création en 1945, l’ONU n’a jamais eu de femme comme secrétaire générale.
La tradition diplomatique d’une rotation géographique entre les régions du monde joue également un rôle dans les discussions. Après plusieurs secrétaires généraux issus d’autres régions, l’Amérique latine et les Caraïbes apparaissent comme une option soutenue par une partie des acteurs diplomatiques.
L’Afrique a déjà occupé cette fonction avec l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali, en poste de 1992 à 1996, puis le Ghanéen Kofi Annan, qui a dirigé l’organisation de 1997 à 2006. Depuis la fin du mandat d’Annan, aucun Africain n’a retrouvé ce poste.




