Quand l’Afrique s’éveillera…

Souvent caricaturée, vouée aux gémonies ou portée aux nues, l’Afrique ne laisse personne indifférent. Difficile d’avoir une vision objective d’un continent où le pire surpasse souvent le meilleur. Peut être la science pourra-t-elle nous y aider ? C’est en tout cas l’ambition de l’exposition intitulée Quand l’Afrique s’éveillera… proposée porte de la Villette, à Paris.

Au Sud du Sahara point de salut, c’est ce que l’on peut penser quand on passe en revue l’actualité toujours brûlante du continent africain. Pandémies, famines, corruption, émigration, les motifs d’inquiétudes sont bien là. Mais au fatalisme qui invite souvent à l’immobilisme, la Cité des sciences préfère une vision prospective, non dénuée d’espoir. Et les arguments ne manquent pas, preuves à l’appui.

Une vision prospective, non dénuée d’espoir

Rassemblés autour de quatre axes, l’exposition Quand l’Afrique s’éveillera… parcourt sans tabou les grands défis de l’Afrique subsaharienne : l’alimentation, l’accès à la santé, les ressources naturelles et l’évolution des sociétés. Avec à chaque fois en point de mire des innovations qui peuvent changer la donne. Ainsi, le Nerica, un riz issu du croisement de souche asiatique et africaine, deviendra peut être demain un élément de base de l’alimentation africaine. Plus résistant à la sécheresse, il permet de hauts rendements et garantit des grains à haute teneur en protéines. La démographie africaine vous inquiète ? Mais savez-vous que la Côte d’Ivoire et le Sénégal voient leurs taux de fécondité baisser en même temps que les niveaux de vie et d’éducation de leurs populations augmentent ?

Dans chaque espace, photos, textes, vidéos présentent une Afrique loin des clichés d’un continent archaïque figé sous le poids des traditions et rétif à la notion de progrès. Dommage toutefois que l’ensemble paraisse de prime abord un peu dense, surtout pour un jeune public. Difficile aussi de comprendre le choix du film sur l’étude de la mousson africaine diffusé sur grand écran. Son rythme, l’aridité du thème pourraient décourager certains visiteurs. Un bon point en revanche : la présence d’œuvres d’artistes contemporains qui démontrent s’il en était besoin la vitalité de la création africaine.

L’Afrique, un modèle pour le monde

En fin d’exposition, des témoignages de scientifiques apportent de nombreuses pistes de réflexion. L’Afrique peut elle devenir un modèle pour le reste du monde ? Possible répond Jan Polcher, directeur de recherche au CNRS, si elle réussit à bâtir un modèle de développement durable. Une mission peut être plus difficile pour les pays du nord. « Nos sociétés occidentales sont tellement accros à l’énergie, au gaspillage (…) que nous allons avoir du mal à changer nos habitudes », avoue t-il. Mais pour Alioune Camara : « Tant qu’on améliorera pas l’éducation, on ne créera pas les conditions du développement. » Le chercheur sénégalais fait le parallèle avec la situation qu’ont connu les pays asiatiques dans les années 60. C’est selon lui le développement des sciences et des technologies qui leur permet aujourd’hui de faire partie des pays émergents.

Un message qui prend encore une autre dimension avec le philosophe Bonaventure Mvé-Ondo : « La science moderne est arrivée par le choc colonial. Elle a toujours été positionnée comme la science de l’autre (…) Or pour vivre la modernité aujourd’hui, il faut faire en sorte que l’Afrique commence à s’approprier cette science parce que c’est comme cela qu’elle s’inventera son avenir ». Un défi que le continent relèvera, soyons en persuadé. « La nuit est longue, dit le proverbe, mais le jour finit par arriver. »

 Quand l’Afrique s’éveillera…

Cité des sciences et de l’industrie – Paris

Jusqu’au 4 novembre 2007

Fermé le lundi, tous les jours de 10h à 18h (jusqu’à 19 heures le dimanche)

Plein tarif 8 €, gratuit pour les moins de 7 ans

 Conférences autour de l’exposition (auditorium de la Cité)

Le jeudi 11 octobre à 18h30 : Sécurité alimentaire et recherche sur la mousson africaine

Le jeudi 18 octobre à 18h30 : Les nouvelles technologies de l’information et de la communication en Afrique

Le jeudi 25 octobre à 18h30 : L’état des sciences en Afrique