Prendre le train des nouvelles technologies en marche

Samedi dernier s’est tenu au CNIT de la Défense (Paris), la seconde édition technologique d’Africagora. Il s’agissait entre autres de définir la place des nouvelles technologies (NT) dans le développement africain à l’ère de la mondialisation.

Lors de la dernière édition d’Africagora à Paris, le débat sur les nouvelles technologies dans le développement africain a eu lieu autour d’un table ronde essentiellement masculine, mais la qualité des intervenants a eu vite fait d’effacer les considérations féministes ! Etaient présents Dogad Dogoui, DG de Alméria Relations Publiques et président du club Africagora, Djibril Diallo, directeur du bureau des communications du Programme des Nations Unies pour le Développement (Pnud), Jacques Bonjawo, Program-manager chez Microsoft, Hervé Tairou, PDG de Sybase Côte d’Ivoire, Claude-Aimé Montongane, gérant de la société informatique MNCA et Directeur associé chez Kappa et enfin Didou Cissé, responsable d’un prochain portail de commerce électronique africaone.com. Plusieurs points forts sont ressortis de ce débat.

Des années charnières

D’abord il est clairement apparu qu’à l’instar du modèle asiatique, l’Afrique a les moyens de s’intégrer dans la mondialisation. Les moyens, mais aussi l’obligation. C’est dans ce sens que Jacques Bonjawo qualifie la décennie 2000-2010 comme  » charnière « . Il explique que  » l’Afrique ne peut pas se permettre de rater le train des nouvelles technologies, sinon elle en paierait cher le prix « . Il souhaite donc que l’on arrête de débattre sur les aspects positifs/négatifs des nouvelles technologies, que l’on comprenne qu’elles sont une chance, et qu’on définisse enfin une politique pour la mise en place d’infrastructures « .

Les Etats doivent coopérer et jouer le rôle de catalyseur. Ils doivent faire la part belle aux NT et faciliter leur développement, comme au Cameroun où les taxes douanières sur les NT ont été supprimées. Les gouvernements doivent  » changer de comportements, définir des cadres et fournir des infrastructures « , intervient Didou Cissé.  » Même s’il y a des efforts de faits, ils ne sont pas suffisants. L’Etat doit comprendre qu’il faut redéfinir les rôles et permettre au privé de se faire une place réelle « , renchérit Djibril Diallo.  » Les Etats doivent démocratiser les nouvelles technologies, et intervenir dans le domaine de la formation « , rajoute Hervé Tairou.

Donner sa chance à l’Afrique

Le jeu en vaut la chandelle. En effet, les NT sont un formidable moyen de désenclaver l’Afrique pour qu’elle ne reste pas aux portes de la mondialisation.  » De nos jours, il faut être visible, joignable et disponible pour pouvoir échanger. Les NT sont de ce fait indispensables pour avoir une connexion immédiate au monde réel. Elles permettent d’accéder à des marchés ouverts, d’avoir de nouveaux partenaires, de faire jouer la concurrence, en bref, d’accroître la rentabilité « , explique monsieur Montongane. Le recours aux NT permet d’être sur un pied d’égalité et redonne des chances à ceux qui pensaient que tout pouvait être joué d’avance.

Mais il reste que les Africains se doivent d’adapter les NT à leurs propres besoins.  » L’e-mail est bien plus utile à l’Africain que le système qui permet au réfrigérateur de se réapprovisionner tout seul « , déclare de manière volontairement caricaturale Jacques Bonjawo. Ainsi, la télémédecine, les programmes d’éducation ou de santé à distance constituent de vrais outils ajustés aux besoins, notamment celui de faire reculer la pauvreté. L’autre grand défi est de  » changer de mentalité « , dixit Jacques Bonjawo et Djibril Diallo.  » Il faut sortir de la logique d’assistanat, ne pas considérer que tout est dû et surtout ne pas attendre que tout vienne tout seul, sans qu’on ait besoin d’aller le chercher.  »

Mais comme tout évolue très vite dans le domaine des NT, l’Afrique a aussi besoin d’argent pour pouvoir suivre à tous les niveaux. C’est pourquoi Didou Cissé dénonce le manque de confiance des banques, tant africaines qu’étrangères, envers les entrepreneurs. L’Afrique a donc besoin de l’Etat, certes, mais aussi de ses hommes d’affaires et de sa diaspora pour pouvoir prendre le train des NT en marche.