Pour une autre image de l’Afrique

Homme de média, Joseph Andjou produit et présente le journal i-Afrique de i-Télévision. A 37 ans, le journaliste ivoirien du groupe Canal+ souhaite offrir une autre image du continent. Il espère que son parcours pourra susciter des vocations et appelle la communauté à plus de solidarité. Portrait d’un afro-optimiste convaincu.

 » Et comme on dit au Bénin : « Un grain de maïs a toujours tort devant une poule ».  » Un proverbe ou une maxime africaine en guise de conclusion, telle est la signature à la fois décalée et drôle de Joseph Andjou pour clore le journal i-Afrique de i-Télévision. Loin des clichées convenus d’une Afrique désuète, le journaliste producteur ivoirien développe une autre image du continent, plus vraie, plus positive, plus vivante. S’il officie depuis un an à l’antenne au sein du groupe Canal+, le journaliste n’est pas arrivé là par hasard. Il n’a jamais lâché prise pour concrétiser sa profonde vocation médiatique.

 » Je viens du village de Yaou, dans la sous-préfecture de Bonoua, en pays Abouré au sud-est de la Côte d’Ivoire, à 60 km d’Abidjan.  » Pas de doute, Joseph Andjou sait d’où il vient. Il sait également où il va.  » Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être journaliste. Je voulais me faire entendre par un large public. Pas par égocentrisme mais pour faire avancer les choses. Ce qui m’a fortifié dans mes ambitions c’est quand j’ai compris que notre propre histoire était écrite par quelqu’un d’autre et qu’on arrivait à nous faire gober n’importe quoi.  » Conscience africaine.

Je passe à la télé

Le monde des médias n’attendait pas le brave Joseph à bras ouverts. Et il a du faire preuve de persévérance et d’ingéniosité pour décrocher son sésame.  » J’ai écrit à toutes les boîtes de production et à toutes les chaînes de télé. La réponse était toujours la même :  » Votre profil n’est pas encore adapté à notre grille « . J’ai gardé toutes les lettres de refus que je compte montrer un jour à mes enfants. Mais je ne pouvais me résoudre à baisser les bras. Je suis du genre : si on me balance par la porte, je rentre par la fenêtre.  »

Une fenêtre qu’il a fini par trouver à l’issue d’un concours organisé par Canal+ en 1996. Le but du jeu : passer le plus de fois à la télé. Alors pendant trois mois, Joseph écume les plateaux, toujours affublé de la même veste bleue pour mieux se faire remarquer. Il assistera à 37 émissions, s’arrangeant pour être à chaque fois dans l’angle d’une caméra. Pari réussi, il gagne et attire enfin l’attention sur lui. Une occasion qu’il entend bien saisir. Il s’empresse de proposer à la chaîne des sujets pour des émissions spéciales.

Le Monsieur Afrique de Canal

Après RFI, Amina et de nombreuses autres rédactions afro, où il peaufine sa formation de journaliste, Joseph Andjou entre dans le monde de la télévision. En mai 2001, il propose au directeur de la rédaction de Canal, Bernard Zekri, une émission bimensuelle pour parler de l’Afrique.  » Il ne s’agissait pas de piston mais d’une initiative personnelle « , tient-il à préciser. Son projet est accepté. L’aventure i-Télévision commence. Joseph est le rédacteur en chef et le producteur de l’émission, aidé par Gwenaëlle, sa collaboratrice.

L’émission bimensuelle procède d’un format original, à la fois magazine et journal télévisé.  » Journal télévisé parce que je suis en plateau et que j’ai un prompteur, magazine parce qu’il y a un zapping africain et une page agenda.  » Les images d’i-Afrique proviennent soit des télévisions africaines, auquel cas elles sont reprises telles quelles (sans remontage), soit des propres tournages de Joseph Andjou qui se déplace souvent sur le terrain :  » Je veux montrer au maximum l’Afrique que j’ai filmée, que j’ai vue « .

Un ton calculé

 » J’essaye de montrer une autre Afrique, différente de celle qu’on a l’habitude de voir. C’est le seul endroit dans le paysage audiovisuel français où un Africain parle de l’Afrique. Je n’ai pas la prétention d’être la référence, ni même de devenir une star. J’aimerai juste apporter ma pierre à l’édifice et montrer une Afrique qui gagne. Je suis un militant.  » Quant à ses proverbes en fin d’émission,  » ils sont tous authentiques. Ils donnent un cachet typiquement africain au journal et renvoient à notion d’oralité très forte sur le continent. C’est d’ailleurs un vrai travail pour les trouver. Il faut téléphoner sur place et bien souvent les traduire « , explique le journaliste. Des proverbes et maximes qu’il a choisi d’éditer chez Lafont dans un livre Comme on dit en Afrique qui sortira le 28 mai prochain.  » Si l’un des 200 proverbes entre dans le langage courant en France, c’est qu’il aura intégré la culture française et là i-Afrique aura gagné.  »

L’Afrique : il y croit. Dur comme fer. Il regrette toutefois le manque de cohésion de la communauté afro-caraïbéenne pour défendre  » la cause « .  » On se connaît sans se connaître. On est semblables et différents. Il faut que l’on se bouge pour être plus solidaires. C’est uniquement comme cela qu’on pourra faire avancer les choses. En développant des actions de lobbying. Notre histoire commune, c’est la couleur de notre peau. Il faut voir la réalité en face et il faut qu’on se base sur ça pour aller de l’avant.  » Joseph Andjou s’affranchit des problèmes de discrimination et prône l’unité. Et comme on dit en Ethiopie :  » Un seul morceau de bois donne de la fumée mais pas de feu « . Un proverbe à méditer…

Retrouver le journal i-Afrique

Mercredi à 15h45

Rediffusions

Mercredi à 23h45, jeudi à 17h45, samedi à 09h15 et 00h15, lundi à 14h15

Photos de Joseph Andjou :

A l’antenne.

A la ville.