Péruviens noirs ou Afropéruviens ?

Antécédents: Lors de la IIIième Conférence Régionale des Amériques, les descendants des pays africains esclavagés ont décidé de prendre le nom qui revendique leur provenance et les identifie en tant que êtres humains ayant une origine (géographique) commune : Afrodescendants. « …Entrer noirs et sortir afrodescendants lors de la IIIième CMCR ne fut pas un simple désir, cette fois nous entrons pour rester et ce pour toujours... », affirmait Romero Rodríguez, directeur de l’Alliance Stratégique Latinoaméricaine et Caribéenne ( Alianza Estratégica Latinoamericana y del Caribe).

Très souvent, et même au sein de certaines organisations auxquelles appartiennent des afropéruviens on nous demande pour quelle raison nous devons nous faire appeler afropéruviens. J’essaierai de profiter de cette occasion pour répondre avec des arguments simples, plutôt que de discuter de l’origine exacte du terme « noir », (*) et des différentes théorie qui tentent de l’expliquer. Il suffit pour cela de rappeler la description que les trafiquants faisaient à leur entrée au port : « …la marchandise comprend des objets et des animaux ramenés de terres lointaines, ainsi que 20 tonneaux d’eau, 18 chevaux, 60 noirs, 12 meubles de bois fin, etc.

Il existe une raison importante pour laquelle, nous, descendants de ces esclavagés décidons de nous appeler afrodescendants. Il s’agit de revendiquer notre provenance et de nous situer en tant qu’êtres humains, ayant un passé et une origine (géographique) communes. Certains ont du mal à le comprendre. Plus d’une fois, nous avons discuté, sans pouvoir y remédier, du fait que dans notre Pérou multiculturel, constitué de péruviens appartenant à plusieurs ethnies, il n y aucune autre que l’on identifie par la couleur de sa peau. Lorsque nous parlons des péruviens ou péruviennes originaires des Andes, on parle de « andinos ou andinas »; s’ils proviennent de l’Amazonie, on parle de « amazónicos ou amazónicas »; par conséquent, lorsqu’on dit descendants d’africains, on doit parler d’ « afropéruviens ou afropéruviennes ».

Il ne fait aucun doute que le racisme, la discrimination et l’exclusion vont au-delà de la terminologie employée, mais nous pensons que d’un côté ou de l’autre, nous devons commencer à démêler l’écheveau. Pour illustrer le sujet d’une meilleure façon et démontrer que le terme « noir » a toujours été et sera toujours un terme imposé par l’esclavagiste, nous transcrivons ci-dessous un article publié dans le journal La República du 6 septembre 1987 dans la colonne « El baúl de Melquíades ».

D’incas et de Mandingues

Le Pérou probablement l’endroit, parmi toutes les nations américains, ou le mélange et les conflits raciaux sont les plus aigus. Une curieuse relation des « Castes de la Nouvelle Espagne (Castas) » fut publiée au XVIIIème siècle.

D’Incas et de Mandingues

D’un espagnol et d’une indienne, mestizo(métisse).

D’un métisse et d’une espagnole, castizo.(châtié)

D’une castiza et d’un espagnol, español.

D’une espagnole et d’un noir, mulato.(mulâtre)

D’un espagnol et d’un mulâtre, morisco.(mauresque)

D’un espagnol et d’une morisca, albinos.

D’un espagnol et d’un albinos, torna atrás.(retourne toi)

D’un indien et d’une torna atrás, lobo.

D’un lobo et d’une indienne, zambayo.

D’un zambayo et d’une indienne, cambujo.

D’un cambujo et d’une mulâtresse, albarazado.

D’un albarazado et d’une mulâtresse, barcino.

D’un barcino et d’une mulâtresse, coyote.

D’un coyote et d’une indienne, chamizo.

D’un chamizo et d’une métisse, coyote métisse.

D’un coyote et d’un métisse, allí te estás.

D’un lobo et d’une China, jíbaro.

D’un cambujo et d’une indienne, zambayo.

D’un zambayo et d’une loba, calpamulato.

D’un calpamulato et d’une cambuja, tente en el aire.

D’un tente en el aire et d’une mulâtresse, no te entiendo(je ne te comprends pas).

D’un je ne te comprends pas et d’une indienne, torna atrás.

Après avoir su que l’on nous classifiait comme si nous étions des animaux, je ne pense pas qu’il reste un seul afropéruvien ou une seule afropéruvienne qui souhaite continuer de s’appeler « noir, torna atrás, lobo, coyote ou albarazado… »