Pas de pluie pour Ouaga

Il n’a pas plu à Ouagadougou depuis un mois alors que le pays est en pleine saison des pluies. Une situation qui risque de devenir critique si la pluie ne tombe pas d’ici la mi-juillet.

La saison des pluies a pris du retard au Burkina Faso. Alors que l’ouest du pays a enregistré ses premières pluies, le ciel de Ouagadougou reste désespérément sec. En un mois, la capitale et ses environs n’ont eu droit qu’à quelques gouttelettes qui ne mouillent même pas le sol. Le point de la situation avec Lamine Kouaté, directeur de l’Office national de l’eau du Burkina Faso (Onea) qui tente de faire face à la pénurie qui s’annonce.

Afrik : Quelles sont les prévisions météo ?

Lamine Kouaté : Pas fameuses. Elles ne prévoient pas de précipitations sur la capitale dans les jours à venir. Pourtant, il suffirait qu’il tombe 10 mm d’eau pendant une heure pour remplir l’un des barrages de 100 à 150 000 m3 d’eau.

Afrik : Y-a-t-il pénurie d’eau dans la ville ?

Lamine Kouaté : Qu’il ne pleuve pas ne veut pas dire qu’il n’y a plus d’eau dans les robinets. 65% des besoins en eau sont couverts. Nous avions prévu une bonne distribution jusqu’à fin mai. Pour lutter contre l’utilisation abusive de l’eau, le gouvernement a fait passer mercredi dernier une circulaire interdisant le lavage de véhicules, l’arrosage des jardins et le remplissage des piscines.

Afrik : Quels sont les autres moyens d’action de l’Etat ?

Lamine Kouaté : L’opération  » pluie provoquée « , qui a déjà fait ses preuves par le passé et qui consiste à bombarder les nuages avec des cristaux de sel afin de provoquer la pluie. Je suis partisan de cette méthode : c’est la seule solution, à condition d’avoir des nuages. Nous attendons de recevoir les produits en provenance d’Europe et des Etats-Unis pour mettre en oeuvre l’opération. Nous avons déjà les radars et les avions nécessaires. Il y a deux systèmes possibles : le bombardement des nuages par les avions et le bombardement à partir du sol, à travers des générateurs. Ce dernier sera effectué dans les jours qui viennent, dès qu’il y aura suffisamment de nuages.

Afrik : D’ici là, comment s’organise la population ?

Lamine Kouaté : Les gens doivent parcourir de longues distances pour remplir leurs bidons. Moi-même, je dois aller dans un autre quartier que le mien pour m’approvisionner. Dans la zone haute de la ville, la pression est trop faible et la population doit aller dans la zone basse où l’eau arrive à tout moment. Pour éviter la cohue, chacun a son jour et son heure. On prend de l’eau pour deux ou trois jours pour éviter de faire la queue quotidiennement.

Afrik : Pourtant, l’attente mène parfois à des incidents…

Lamine Kouaté : Les gens sont tendus et les attroupements peuvent provoquer des disputes pour une place. Il arrive que les gens attendent l’eau dès 20h alors que le liquide n’arrive qu’à 2 ou 3 heures du matin. C’est très fatigant.

Afrik : Comment connaître les heures d’arrivée de l’eau ?

Lamine Kouaté : A l’Onea, nous faisons des délestages car nous savons dans quelles zones l’eau manque le plus. Nous prévenons les gens et leur donnons l’heure et l’endroit auxquels l’eau va arriver. Nous organisons aussi la distribution par camions-citernes. Une dizaine de camions tournent tous les jours dans les quartiers les plus secs. Six quartiers (sur les 30 que compte Ouagadougou, ndlr) sont desservis.

Afrik : Le prix de l’eau a décuplé…

Lamine Kouaté : Nous n’avons pas augmenté nos prix. Ce sont les revendeurs qui se font du beurre ! Vendre de l’eau au détail est une activité lucrative, même en temps normal. Là, bien sûr, cela a pris des proportions importantes. L’eau achetée à la fontaine 60 Fcfa le fût de 200 litres, est revendue à 2 000 Fcfa contre 200 Fcfa auparavant.

Afrik : Quel est le niveau des barrages qui alimentent la capitale ?

Lamine Kouaté : Nous avons quatre barrages. Les trois du centre-ville, d’une capacité totale de 6 millions de m3, sont secs. Les enfants jouent même dedans. Nous vivons sur les réserves du quatrième qui est le plus grand, avec 35 millions de m3.

Afrik : Combien de temps Ouagadougou pourra-t-elle tenir ?

Lamine Kouaté : Nous avons encore des réserves pour 45 jours. S’il n’a pas plu d’ici mi ou fin-juillet, la situation sera très critique.

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