Papa bon dieu ! ou le Marketing religieux

Le palais de la culture d’Abidjan propose jusqu’au 22 juin prochain sa nouvelle production théâtrale : Papa bon dieu ! – une satire de Louis Sapin sur les sectes. Dans les coulisses, nous avons rencontré son metteur en scène et interprète Sidiki Sijiri Bakaba, directeur général du palais de la culture. Entretien avec un grand homme du théâtre ivoirien.

Amoureux du théâtre, Sidiki Sijiri Bakaba poursuit sa lutte pour faire vivre la scène. Metteur en scène, acteur, directeur d’une école de théâtre, il est aujourd’hui directeur général du palais de la culture d’Abidjan. Sa dernière pièce, Papa bon dieu ! est une pierre de plus lancée contre un rempart d’idées reçues. En s’attaquant au fanatisme religieux et à la naïveté dévote, Sidiki Sijiri bakaba prouve encore que le théâtre est un art très actuel. Interview.

Après C’est ça la même! – fresque de Sidiki Bakaba sur la Côte d’Ivoire de son indépendance au forum de réconciliation nationale –, Papa bon dieu ! est la nouvelle production du Palais de la culture.

Afrik : Quelle est la trame de cette pièce, que vous avez mise en scène et dans laquelle vous tenez le rôle titre, celui de Papa bon dieu ?

Sidiki Sijiri Bakaba : Papa bon dieu est un « foulosophe « , soûlard invétéré dans un village de mécréants. Un jour il fait un coma éthylique. Samuel, son compagnon de galère, le croyant mort, s’apprête à l’enterrer quand, à la faveur de la pluie et du tonnerre, ce dernier se réveille. Pour les villageois, le Seigneur est descendu sur terre en prenant le corps de Papa bon dieu. Thomas, homme d’affaires manipulateur et véreux, s’empresse de créer une religion :  » la foi nouvelle « .

Afrik : Pourquoi avoir choisi cette pièce ?

C’est une pièce écrite en 1958 par Louis Sapin, journaliste français, pour des acteurs noirs. Quarante-quatre ans après, l’oeuvre garde toute sa fraîcheur avec la prolifération des sectes en Afrique, notamment à cause de la crise économique. J’ai essayé de l’adapter comme l’auteur l’aurait souhaité tout en y ajoutant ma touche personnelle à travers, entre autres, le trône et les vêtements d’inspiration Akan (groupe ethnique de Côte d’Ivoire) de Papa bon dieu.

Afrik : En quoi, ce sujet vous interpelle-t-il plus particulièrement ?

Sidiki Sijiri Bakaba : J’étais très attaché à un lieu qui s’appelle  » L’Entente « . C’est un cinéma qui se situait à proximité de ma maison, lorsque j’avais entre 13 et 17 ans !

Pour Roues libres (dernier long métrage du cinéaste, ndlr), j’avais choisi  » L’Entente  » comme décor. Trois semaines avant le début du tournage, j’apprends que je ne pourrai pas y travailler.  » L’Entente  » était devenu un temple.

Afrik.com : Êtes-vous religieux ?

Sidiki Sijiri Bakaba : Je suis croyant et je pense que Louis Sapin était un religieux car à aucun moment il ne blasphème. C’est une pièce en faveur des religions révélées. Cependant je pense que les gens sans religion, à l’instar de Papa bon dieu, sont parfois les plus proches de Dieu. J’aime ce personnage complexe, avec ses faiblesses.  » Pourquoi ne m’écoute-t-on pas ?  » ne cesse-t-il de demander. Car, Seigneur ou pas, on ne l’écoute pas plus qu’avant. C’est un être généreux, plein de sagesse, qui pense pouvoir utiliser Thomas pour faire passer un message simple : on a tout autour de nous pour être heureux.

Afrik.com : Vous assurez la mise en scène de Papa bon dieu ! et vous l’interprétez. Comment arrivez-vous à concilier les deux ?

Sidiki Sijiri Bakaba : Je forme aussi car je fais jouer mes élèves de l’Actor’s Studio (stage d’initiation à la pratique de la comédie au sein du palais de la culture, ndlr) depuis maintenant neuf mois de formation. Le classique se prête bien à cette démarche. C’est une perpétuelle remise en question pour moi et les acteurs professionnels qui m’accompagnent. Je suis toujours dans cette optique de jouer, de mettre en scène et de transmettre.

Papa bon dieu ! – Palais de la culture d’Abidjan – Jeudi et vendredi à 21h et Samedi 15h et 21h