« Oui » aux îles, mais pas à l’Union

Les élections législatives des 18 et 25 avril ont confirmé la domination des candidats des îles, au détriment de ceux de l’Union des Comores. Cette tendance apparaissait déjà en filigrane lors du scrutin de mars dernier. Certains craignent que les aspirations « indépendantistes » des Comoriens de la Grande-Comore, d’Anjouan et de Mohéli ne lèsent le processus de réconciliation des trois îles.

Ils ont dit « non » à la Convention pour le renouveau des Comores. Les électeurs de la Grande-Comore, d’Anjouan et de Mohéli ont largement supporté les candidats du « camp des îles », lors des élections législatives des 18 et 25 avril derniers, au détriment des représentants du pouvoir fédéral. Ce résultat s’inscrit dans la tendance qui a caractérisé le scrutin du mois de mars, où les Comoriens avaient déjà accordé leur préférence les « îliens ». D’aucuns pensent que les conséquences du rejet du pouvoir fédéral pourraient raviver les tensions entre les trois îles.

Ces élections étaient les premières depuis la création, en 2001, de l’Union des Comores, composée de la Grande-Comore, d’Anjouan et de Mohéli. Elles représentaient l’étape ultime du processus de réconciliation dans l’archipel de l’Océan Indien, en proie depuis 1997 à une crise séparatiste et institutionnelle. Environ 60% des électeurs se sont déplacés pour élire 18 des 33 députés qui siégeront au Parlement fédéral, les 15 autres devant être choisis par les élus des Assemblées des îles. Le scrutin s’est déroulé dans le calme. Il a toutefois été ponctué d’accusations d’irrégularités dans certaines circonscriptions et certains candidats ont indexé l’ingérence de la Commission d’homologation dans le processus électoral.

Vent d’indépendantisme

Selon les résultats presque définitifs, le recul de la Convention pour le renouveau des Comores (CRC), observé lors des élections de mars, s’est confirmé. Le CRC du Président de l’Union des Comores, Assoumani Azali, a remporté, dès le premier tour, trois sièges. Tous dans la Grande-Comore. Les « îliens » ont quant à eux raflé cinq sièges. Lors du second tour, ces derniers auraient encore glané cinq fauteuils sur les dix qui restaient. Un mois plus tôt, les « unionistes » avaient essuyé une défaite cinglante, lorsque les « îliens » avaient gagné 42 sièges des 55 sièges en jeu pour la constitution des Assemblées de chaque île.

Certains estiment que ce recul est le signe d’un refus de l’union des trois îles et un appel à la conservation de l’identité insulaire. D’aucuns craignent que cette mouvance ne mette en péril les efforts entrepris pour régler les conflits qui secouent les trois membres de l’Union des Comores. Des « unionistes » craignent que quelques « îliens » ne proposent aucun projet social ou n’aient cherché à gagner un siège que pour bénéficier de la manne financière qui l’accompagne. Quelles que soient ses motivations, le « camp des îles » a maintenant la balle dans son camp. Il devrait ressortir encore plus influent après l’élection des 15 derniers députés du Parlement fédéral par les Assemblées, où les « îliens » sont majoritaires.