Ondes pacifiques

Une radio pour contrer la guerre en République démocratique du Congo. Radio Okapi, la radio installée par la Monuc, tente le pari. En un mois d’activité, la radio a littéralement crevé l’audimat. Dans un entretien avec Afrik.com, David Smith, le chef du projet, révèle son secret :  » La parole est plus forte que n’importe quelle arme de guerre « .

De notre correspondant à Kinshasa

A l’ère de l’Internet et malgré l’écrasante prédominance de la télévison, la bonne vieille radio reste encore le média le plus intégrateur et le plus efficace, à meilleur marché. Radio Okapi, une radio créée à Kinshasa par la Monuc (Mission d’Observation de l’Onu au Congo) pour accompagner son action de restauration de la paix en RDC est en train d’en faire une enrichissante démonstration. Les premières émissions ont démarré le 25 février 2002, date de l’ouverture, en Afrique du Sud, du dialogue intercongolais.

Mais déjà, aux dires de David Smith, le chef du projet, Radio Okapi a surclassé toutes les autres radios congolaises en terme d’audimat.  » Il existe beaucoup de radios efficaces mais elles ne peuvent pas fonctionner sur toute l’étendue du territoire congolais. Or, Radio Okapi donne, à chacune de ses éditions d’information, la température de chaque coin de RDC. De Kinshasa, nous appelons n’importe laquelle de nos stations provinciales et recueillons les informations. C’est ainsi que nos auditeurs peuvent suivre l’actualité de Goma au Nord-Kivu, de Kalemie au Katanga, de Kisangani dans la Province de l’Equateur ou de Gbadolite dans l’Equateur, toutes ces villes se trouvant hors du contrôle du gouvernement de Kinshasa. En retour, ces stations peuvent nous capter en direct et faire participer les journalistes des provinces aux rencontres entre les différentes autorités de la Monuc « .

Puissance à double tranchant

A Kinshasa, Radio Okapi est installée dans le Quartier Général de la Monuc mais les équipements ont été financés par la Fondation Hirondelle, une ONG suisse qui travaille en partenariat avec l’Onu dans son action de recherche de la paix. Les journalistes, ainsi que tout le personnel d’exploitation, sont congolais. La Fondation Hirondelle a déjà créé des radios similaires dans d’autres zones de turbulence comme au Kosovo, en Sierra Leone, en Ethiopie, au Rwanda et tout dernièrement en République centrafricaine.

 » Radio Okapi se veut une radio de la paix qui prêche les droits de l’homme et la convivialité des peuples, déclare David Smith. Nous avons choisi la radio parce que c’est le meilleur média pour atteindre le plus grand nombre de personnes dans un pays si vaste, efficacement et à meilleur marché. » La radio est un média puissant qui peut être à double tranchant, comme on a pu le constater avec la Radio des Mille Collines, qui a entraîné les populations rwandaises dans un cycle infernal de tueries en 1994. David Smith veut justement que sa radio se démarque de la radio rwandaise.

Okapi, espèce rare

Inaugurée le 25 février 2002, jour du démarrage à Sun City du dialogue intercongolais, Radio Okapi a dépêché quatre envoyés spéciaux pour la couverture des négociations politiques. Ces reporters interviennent dans les journaux parlés, chacun dans l’une des quatre langues nationales congolaises (swahili, lingala, tshiluba et kikongo). Kaninda Mulolo est taximan et passe sa journée dans sa voiture. Il fait partie de ces nombreux Congolais qui n’ont guère été longtemps à l’école et ne maîtrisent pas suffisamment le français.  » Dès que je prends mon service le matin, nous confie-t-il, je me branche sur Radio Okapi pour suivre, en tshiluba, tout ce qui se passe à Sun City. Je préfère écouter la version Radio Okapi des événements car je suis sûr de suivre les déclarations politiques de toutes les tendances alors que la radio nationale ne donne que la version gouvernementale des travaux « .

Une autre spécialité de Radio Okapi est la diffusion en direct des conférences de presse hebdomadaires du patron de la Monuc en RDC, le représentant spécial du secrétaire-général des Nations Unies, Amos Namanga Ngongi. Pour Namanga Ngongi,  » c’est le meilleur moyen d’expliquer à tout le monde, et au même moment, l’action de la Monuc en RDC « . Les journalistes habitant les provinces ont ainsi l’occasion de poser leurs questions au n°1 de l’Onu à Kinshasa et de recevoir, en direct, les réponses à leurs préoccupations. La radio de l’Onu a pris comme totem l’okapi, une espèce rare de la faune congolaise. Selon David Smith, l’okapi a été choisi  » pour son naturel paisible et non conflictuel « .