Nouveau code de déontologie du journaliste : Les partis politiques peuvent-ils le compromettre ?

A la grande satisfaction des usagers des médias ivoiriens, ces derniers viennent de présenter un nouveau projet de code de déontologie du journaliste ivoirien. Avec 22 devoirs et 10 obligations, qui devraient permettre aux journalistes « d’exercer de façon plus professionnelle et responsable » leur métier, ce projet qui doit d’abord être adopté par l’ensemble de la profession devrait corriger les nombreuses faiblesses en tout genre qui caractérisent si bien l’état déplorable du journalisme en Côte d’Ivoire. L’inconnue de cette nouvelle dynamique que tente d’instaurer l’ensemble des journalistes ivoiriens, est le positionnement des partis politiques vis-à-vis des médias qu’ils contrôlent. Que vont-ils faire face à ce nouveau code de déontologie du journaliste s’il est adopté ? Vont-ils permettre à leurs médias de s’inscrire aussi dans cette nouvelle dynamique, en respectant scrupuleusement ces nouvelles règles ? Ou vont-ils demander à leurs médias, engagés politiquement de continuer à faire de la communication politique militante au lieu de faire du journalisme ? Les partis politiques ivoiriens ont-ils vraiment intérêt à accompagner ce mouvement de réforme de cette profession au risque de voir leurs organes de communication politique leur échapper au profit du journalisme ?

Malheureusement pour les ivoiriens, la plupart des médias appartiennent à des acteurs politiques ou de leurs amis, sous influence politique. Ceux qui sont financés par l’Etat, varient souvent de ligne éditoriale selon le pouvoir en place. Alors, les plus grandes menaces de ce projet tant attendu sont les partis politiques qui risquent de voir leurs principaux outils de propagande et de communication fortement handicapés par ces nouvelles dispositions.

Peut-on imaginer le FPI sans Notre Voie, le RDR sans Le Patriote et le PDCI-RDA sans Le Nouveau Réveil ? Ce changement radical, s’il s’opérait pour le bien de la démocratie, serait une véritable révolution sociétale et un immense progrès des mentalités et des conditionnements dans lesquels sont enfermés les différents militants et sympathisants de ces partis politiques ivoiriens. Il est évident que, pour réussir ce pari, les organisations de journalistes à l’origine de ce projet doivent d’abord montrer aux différents partis politiques, tout l’intérêt qu’ils auront à dissocier leur image de leurs organes de presse.

A la RTI malgré le fait qu’elle soit un média d’Etat, les journalistes ont compris qu’il serait préjudiciable pour leur crédibilité de continuer à développer le culte de la personnalité, comme ce fut le cas dans le passé et en évitant toute critique objective et fondée. Les ivoiriens les plus modestes, condamnés à regarder que cette télévision nationale, pourraient selon leur affinité politique bouder ce média pour manque d’objectivité et de traitement de l’information sous influence politique. En ce qui concerne la presse écrite, en dehors de Fraternité Matin qui commence à redevenir depuis plusieurs mois maintenant, « Le Quotidien National de référence », les citoyens n’ont pas d’autres choix, pour ceux qui ne veulent pas lire des journaux engagés politiquement. Voilà pourquoi, « L’Éléphant Déchainé », sur le modèle du « Canard Enchaîné » en France séduit de plus en plus les lecteurs qui veulent désormais des informations objectives et vérifiées comme il se doit dans la profession de journaliste. Bien entendu, cela ne fait pas toujours plaisir à tout le monde, notamment aux acteurs politiques de manière générale, qui apprécient que les journalistes sortent des dossiers « brûlants » et compromettants sur leurs adversaires politiques, mais lorsque cela les concerne, cela devient moins drôle et même contrariant.

Ces organes de presse à l’initiative de ce projet doivent aussi affronter le profond endoctrinement des militants et sympathisants de ces formations politiques qui croient comme paroles d’évangile à tout ce qui est écrit dans leurs médias politisés sur leurs adversaires politiques. Ce sera donc dans la douleur, avec le temps et à force de pédagogie et de patience que ce nouveau code de déontologie parviendra s’il est adopté, à faire des journalistes ivoiriens, de véritables acteurs de l’information au sens noble du terme, et non des éternels acteurs de la communication politique militante, prisonniers des ambitions personnelles des uns et des autres, dans un Etat démocratique.

Macaire Dagry

Chroniqueur Politique à Fraternité Matin