Nigeria : La multiplication des prises d’otages pourrait être liée aux élections à venir


Lecture 4 min.
arton11165

Au mois de janvier, dans la région pétrolifère du Delta, au Nigeria, l’on a compté presque autant de prises d’otages que durant l’année 2006 toute entière. Certains analystes sont même allés jusqu’à accuser les candidats aux prochaines élections de se servir de l’argent des rançons pour financer leurs campagnes.

« Le nombre d’enlèvements a augmenté car certaines personnes, pour des raisons criminelles, cherchent à obtenir de l’argent pour leurs propres intérêts », comme l’a révélé à IRIN, Nnamdi Obasi, spécialiste du Nigeria à l’International Crisis Group. « Mais certains d’entre eux travaillent également pour financer des campagnes politiques ». « C’est comparable à une industrie » a-t-il ajouté.

Au mois de janvier, au moins 50 étrangers ont été pris en otage, parmi lesquels deux ont été tués. Pour comparaison, en 2006, environ 70 étrangers ont été enlevés. La plupart des victimes sont des expatriés américains, européens et asiatiques qui travaillent dans le secteur du pétrole.

Les membres du parti au pouvoir sont accusés par les médias locaux de détourner l’argent du pétrole pour financer leurs campagnes, tandis que les membres de l’opposition sont souvent accusés d’obtenir des financements grâce à des activités illégales telles que le siphonage d’oléoducs.

Des élections générales auront lieu en avril et s’étaleront sur une période de trois semaines. Pour la première fois, au Nigeria, un président civil élu cèdera le pouvoir à un autre.

Certaines prises d’otages sont perpétrées par des groupes ayant des revendications légitimes sur la gestion de la manne pétrolière qui ne profite pas aux habitants de la région, selon Ike Onyekwere, un analyste politique au Nigeria. Cependant, explique M. Onyekwere, ces opérations sont surtout le fait de bandes criminelles de la localité, qui s’en prennent également aux locaux lorsque ceux-ci traversent le Delta en bateaux pour se rendre à leur lieu de travail. « Et les troubles semblent de plus en plus difficiles à contenir », a-t-il poursuivi.

Politiques ou criminels : la frontière est étroite

Les groupes politiques essaient de se démarquer des criminels en clamant qu’ils se battent pour la liberté. Le Movement for the Emancipation of the Niger Delta (MEND) – Mouvement pour l’Emancipation du Delta du Niger -, un des groupes armés les plus actifs dans la région, ne réclame même pas d’argent en échange de ses otages.

Il exige plutôt que le gouvernement libère les prisonniers politiques tels que le gouverneur de l’Etat de Bayelsa, Chef Diepreye Alameiseigha, et que le pays retourne au texte de la constitution de 1960, qui permettait aux états de la Fédération nigériane de disposer de 50 pour cent du montant total des revenus générés sur leur territoire. La constitution actuelle ne leur en accorde que 10 pour cent.

La semaine dernière, la police a fait part de l’attaque perpétrée par des militants du MEND contre un poste de police de Port Harcourt, la principale ville de cette région productrice de pétrole, pour libérer des responsables de leur mouvement et 125 autres prisonniers.

Les autres actes de violence semblent plutôt être destinés à saboter les élections. Au début du mois de février, un groupe armé avait dressé un barrage routier pour empêcher les camions transportant des militants du parti au pouvoir, le Peoples Democratic Party, d’accéder à un point de rassemblement à Port Harcourt.

« Je suis inquiet de voir que la plupart des jeunes ne s’intéressent pas aux élections et que certains groupes armés menacent de saboter celles-ci », a affirmé Ikiogha Tortobor, un responsable politique qui a présenté sa candidature au poste de président du conseil régional du Sud-Ouest de Warri, dans le delta du Niger.

« Des gens comme nous essayons de les convaincre en leur expliquant qu’ils doivent continuer de croire au système, mais cela est assez difficile », a indiqué Tortobor.

Au cours d’une interview, la semaine dernière, sur Voice of America, Peter OKokcha, un candidat d’Action Congress Party, un parti de l’opposition, a rejeté les accusations selon lesquelles ses militants étaient responsables du récent arraisonnement d’un navire cargo ayant à son bord un équipage de 24 Philippins.

Toutefois, il a affirmé soutenir la cause défendue par ces groupes. « Ils essaient tout simplement de se faite entendre. C’est notre problème. Aidez nous à faire savoir au monde que le gouvernement de cet état nous a trahis », a déclaré M. Okocha.

Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News