Niger : Mamadou Tandja réélu Président

Mamadou Tandja a été réélu sans surprise à la tête de l’Etat nigérien, samedi, avec 65,53% des suffrages. Mais seuls 44,97% des inscrits se sont déplacés pour voter. Le parti de son malheureux rival, Mahamadou Issoufou, s’en est pris durant l’entre deux tours aux quatre autres candidats éliminés, qui tous ont appelé à voter Tandja. Aucune tendance significative n’a encore été dégagée du scrutin législatif qui se déroulait également ce week-end.

Pas d’alternance au Niger. Le Président sortant, Mamadou Tandja, a été réélu samedi à la tête de l’Etat nigérien. 65,53% des suffrages se sont portés sur sa personne, contre 34,47 sur son rival Mahamadou Issoufou, a annoncé mardi la Commission électorale nationale et indépendante (Céni) nigérienne. Cette réélection ne faisait guère de doute, après que tous les candidats éliminés à l’issue du premier tour – Mahamane Ousmane, Moumouni Djermakoye Adamou, Amadou Cheiffou et Hamid Algabid – aient appelé leurs sympathisants à voter Tandja. Le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS) de Mahamadou Issoufou a passé l’essentiel de l’entre deux tours à critiquer ce qu’il considère comme une traîtrise de l’opposition. Une stratégie qui pourrait également expliquer la baisse de participation de 3% entre les premier et second tours, estime l’Association nigérienne de lutte contre la corruption (ANLC), qui a suivi le processus électoral.

« Beaucoup d’électeurs du premier tour ont été déçus de l’alliance avec Tandja, explique l’organisme, associé à Transparency international. D’une manière générale, beaucoup pensent que les jeux sont fait et que les hommes politiques nigériens ne vont au pouvoir que pour gagner de l’argent ». Seuls 44,97% des électeurs se sont déplacés aux urnes samedi. Ils étaient 48,25% au premier tour ; un taux considéré comme l’un des plus hauts depuis l’introduction du multipartisme en 1990 ! La Céni a proclamé la presque totalité des résultats des législatives, qui se tenaient également samedi. Mais elle n’a pas encore dégagé de tendance dans la distribution des 113 sièges de l’Assemblée, en raison de la complexité des calculs. L’ANLC dénonce également des cas de corruption, du côté du pouvoir comme de l’opposition.

Tous avec Tandja

L’essentiel des critiques du PNDS ont été dirigées contre Mahamane Ousmane, arrivé troisième du premier tour avec un pécule de 17,43% de voix. Le président de l’Assemblée a été le dernier à donner ses consignes de vote… en faveur du Président sortant. Comme en 1999, où il avait également fait basculer les présidentielles en faveur de Mamadou Tandja, contre Mahamadou Issoufou. Or, selon le PNDS, les deux hommes se seraient mis d’accord, cette année, sur un report mutuel des voix au second tour. Il aurait même été question de former « une Alliance patriotique pour la République (APR) », sur les cendres de l’Alliance des forces démocratiques, qui regroupe les partis de la mouvance présidentielle, et de la coordination des forces démocratiques, qui réunit ceux de l’opposition, selon Le Démocrate.

Reste que les candidats en lice ne sont pas des nouveaux venus et que les rancœurs et inimitiés peuvent exister dans le microcosme politique nigérien. « Le CDS (Convention démocratique et sociale, ndlr) n’a aucune leçon à recevoir de (…) Tarraya (PNDS, ndlr), dont la pirouette en 1994, un an seulement après l’avènement du pouvoir des forces démocratiques au Niger, est responsable de l’instabilité politique et institutionnelle que le Niger a connu par la suite. Avec en prime l’interruption du processus démocratique acquis de haute lutte par le peuple nigérien », a répondu le parti de Mahamane Ousmane. En 1995, Mahamadou Issoufou s’était allié pour les législatives à Mamadou Tandja, ce qui avait facilité le renversement par les armes de Mahamane Ousmane, un an plus tard, du sommet de l’Etat. Il était alors le premier Président nigérien élu (1993).

Avant ses deux victoires successives, Mamadou Tandja avait échoué à deux reprises dans des élections présidentielles, en 1993 et 1996. Il avait succédé en 1999 à la tête de l’Etat au commandant Daouda Mallan Wanké, lui-même au pouvoir depuis l’assassinat le 9 avril de la même année du président Baré Maïnassara. Il était auparavant connu pour avoir été ministre de l’Intérieur, en 1990, lors de la répression d’une manifestation touareg, à Tchintabaraden, qui fit 63 morts et fut suivie de la rébellion touarègue (1991-1995). Son premier fait d’arme politico-militaire remonte à 1974, où il avait participé au renversement du Président Diori Hamani par le général Seyni Kountché.