
Le Niger a été frappé par une attaque d’une brutalité inédite dans la nuit de dimanche à lundi. À Torodi, localité située à une soixantaine de kilomètres de Niamey, le préfet en exercice, le capitaine Chaibou Mali, a été exécuté avec son épouse et leurs enfants lors d’un assaut contre sa résidence officielle. Cette attaque, attribuée à des combattants liés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, marque un seuil jamais atteint dans la violence visant l’appareil d’État nigérien.
Le Niger s’est réveillé sous le choc ce lundi 5 janvier. Pour la première fois dans l’histoire sécuritaire du pays, un préfet en exercice a été pris pour cible et tué au cœur de sa propre localité. L’attaque, d’une violence rare, a visé la résidence officielle du capitaine Chaibou Mali, préfet de Torodi, une ville stratégique située à seulement une soixante de kilomètres de la capitale, Niamey. Le bilan est tragique : l’officier, son épouse et leurs enfants ont péri dans l’assaut.
Une attaque au cœur de la nuit et une famille décimée
Les faits se sont déroulés aux alentours de 2 heures du matin, dans la nuit de dimanche à lundi. Selon des sources locales et sécuritaires, un groupe d’assaillants lourdement armés a lancé un assaut coordonné contre la résidence du préfet, pourtant réputée très sécurisée. Des témoins rapportent l’usage d’une roquette ayant provoqué un incendie dévastateur. Le capitaine Chaibou Mali et les membres de sa famille sont morts calcinés à l’intérieur du bâtiment. Au total, au moins sept personnes auraient perdu la vie, dont un individu non identifié présent sur les lieux.
Cette incursion ne s’est pas limitée à l’assassinat de la famille préfectorale. Les assaillants, vraisemblablement liés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), auraient pris le contrôle de la ville de Torodi pendant plusieurs heures, jusqu’à l’aube. Avant de prendre la fuite vers l’ouest et la frontière avec le Burkina Faso, ils ont emporté trois véhicules militaires et réussi à libérer deux de leurs complices qui étaient alors en garde à vue dans la localité. Ce coup de force intervient malgré la présence de détachements des forces spéciales dans cette zone placée en état d’urgence permanent.
Une pression sécuritaire asphyxiante aux portes de Niamey
Le drame de Torodi illustre la dégradation constante du climat sécuritaire dans la région du Gourma. Depuis plusieurs mois, les groupes armés intensifient leurs actions contre les symboles de l’État et les services publics. Des dizaines d’écoles ont été fermées ou incendiées, et les enlèvements, comme celui du directeur d’école de Makalondi le 18 décembre dernier, se multiplient. Cette insécurité grandissante pousse des milliers de civils à fuir les zones rurales pour se réfugier dans la capitale, craignant d’être les prochaines victimes d’un conflit qui ne semble plus épargner personne.
Cette tragédie survient alors que le régime militaire nigérien a récemment proclamé la « mobilisation générale » pour contrer la menace djihadiste. Depuis le départ des troupes françaises et américaines, la junte mise sur une souveraineté militaire renforcée au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cependant, l’exécution d’un haut fonctionnaire de l’armée à proximité immédiate du centre du pouvoir pose de sérieuses questions sur l’efficacité des dispositifs de protection actuels. Les hommages prévus mardi à Niamey pour l’inhumation des victimes devraient se transformer en un cri de ralliement pour une réponse sécuritaire plus ferme.




