Niger : à Niamey, une troisième attaque vise de nouveau la base 101


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Des tirs nourris et de fortes explosions ont secoué Niamey dans la nuit du vendredi 28 au samedi 29 août, autour de l’aéroport international Diori-Hamani, de la base aérienne 101 et du palais présidentiel. C’est la troisième fois depuis janvier que ce site militaire, cœur du dispositif sécuritaire nigérien et de la coopération avec l’Alliance des États du Sahel (AES), est visé. À la différence des précédents épisodes, ni l’identité des assaillants ni le déroulement exact des affrontements n’étaient établis samedi en fin de matinée.

Une nuit de combats prolongés

Selon des témoins cités par l’AFP et par Reuters, les premiers tirs ont retenti vers 1 heure du matin autour de l’aéroport Diori-Hamani et de la base 101. Les échanges de tirs et les explosions se sont poursuivis par intermittence jusqu’au petit matin, des rafales étant encore signalées après 7 heures.

Des habitants ont également fait état de combats aux abords du palais présidentiel, où une source sécuritaire a rapporté une tentative de franchissement du périmètre de sécurité par des assaillants qualifiés de « terroristes ». Une opération de ratissage a ensuite été engagée, avec l’annonce de la neutralisation de plusieurs assaillants et la fuite d’autres, des informations que Reuters précise ne pas avoir pu vérifier de façon indépendante.

L’origine des affrontements reste incertaine

À la différence des attaques de janvier et de juin, revendiquées respectivement par l’État islamique au Sahel et par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM, affilié à Al-Qaïda), aucun groupe n’avait revendiqué cette nouvelle vague de violence samedi en fin de matinée. Plusieurs médias, dont RFI, relevaient que l’identité des assaillants et les forces en présence demeuraient inconnues, en l’absence de communication officielle des autorités nigériennes. Des témoins notaient par ailleurs que l’ampleur et la durée des combats semblaient dépasser celles des deux précédents épisodes, repoussés en l’espace de quelques heures.

Bana Wagana Ibrahim, membre du Bureau du Conseil consultatif et député au Parlement confédéral de l’AES, a affirmé sur les réseaux sociaux que la base 101 avait été reprise et que la situation était sous contrôle. Des tirs entendus après cette annonce invitaient toutefois à la prudence, et aucun bilan officiel, humain ou matériel, n’avait été communiqué à la mi-journée.

Télé Sahel à l’arrêt, la présidence bouclée

Signe de la tension entourant ces événements, la télévision publique Télé Sahel a interrompu ses programmes samedi matin, un écran noir a remplacé sa diffusion par satellite et en ligne à partir de 9 heures. Des militaires bloquaient l’accès à ses locaux ainsi qu’aux abords du palais présidentiel, selon des habitants cités par l’AFP. Les autorités nigériennes n’avaient publié aucun communiqué officiel samedi en fin de matinée. Aucun bilan humain n’a encore été communiqué.

La base 101, verrou stratégique du dispositif de l’AES

La base 101 n’est pas ciblée par hasard. Installée au sein du complexe aéroportuaire de Niamey, elle concentre une partie des capacités aériennes et des moyens de surveillance par drones de l’armée nigérienne. Elle accueille aussi des éléments de l’Africa Corps russe, qui a pris le relais du groupe Wagner, ainsi que le commandement opérationnel de la Force unifiée de l’AES, selon les précisions apportées par Moscou après l’attaque de janvier. Le site est devenu, à ce titre, le principal symbole de l’architecture militaire mise en place par Niamey, Bamako et Ouagadougou depuis leur rupture avec leurs anciens partenaires occidentaux.

Cette architecture affiche pourtant une vulnérabilité récurrente. En janvier, une quarantaine d’assaillants avaient attaqué la base ; l’opération avait ensuite été revendiquée par l’État islamique au Sahel, et les autorités nigériennes avaient fait état de vingt « mercenaires » neutralisés et de quatre militaires blessés. En juin, une nouvelle attaque menée par le JNIM avait fait treize morts, dont onze membres des forces de défense et de sécurité et deux civils, selon le bilan communiqué à l’époque par le ministère nigérien de la Défense.

Une attaque en pleine session du Parlement confédéral

Cette troisième attaque en sept mois intervient alors que Niamey accueille la première session du Parlement confédéral de l’AES, dont la cérémonie inaugurale s’est tenue le 24 août et dont les travaux en séance ordinaire devaient se poursuivre jusqu’au 29 août. Rien n’indique à ce stade que les 45 parlementaires confédéraux réunis dans la capitale nigérienne aient été spécifiquement visés, mais la coïncidence des calendriers accentue la portée politique de l’épisode.

Trois attaques en sept mois sur le même site interrogent la capacité de l’AES à sécuriser ses installations les plus sensibles, alors que les trois régimes membres ont fait de la restauration de la souveraineté militaire du Sahel l’un des axes de leur discours fondateur.

L’identité des auteurs de cette nouvelle attaque, comme les circonstances précises des combats de la nuit du 28 au 29 août, restent pour l’instant à établir.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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