Mort d’Ali Farka Touré : la réaction d’artistes et hommes de culture du continent

Ils l’ont écouté, connu, côtoyé, il faisait parti de ce patrimoine vivant et exemplaire de la culture africaine : Ali Farka Touré est mort ce mardi matin à l’âge de 67 ans. Afrik est allé récolter la réaction de certains de ses pairs. Des réactions toutes empreintes d’une profonde tristesse et du souvenir marquant d’un homme simple attaché à ses racines. Une star rejoint le ciel.

 Manu DIBANGO (artiste)

«Un vide énorme pour un talent énorme»

« J’ai appris la nouvelle ce matin et j’avoue que je suis un peu sonné. Quand un artiste part il laisse toujours un vide énorme et Ali Farka Touré avait un talent énorme. Il avait une sonorité unique, un peu comme BB King. Je le connaissais en tant qu’homme, c’était quelqu’un de chaleureux et sa notoriété ne lui montait pas à la tête. C’était un artiste responsable, ce qui fait d’autant plus mal, parce que ça ne court pas les rues. Il avait la passion de ce qu’il faisait et a su porter loin sa musique et son inspiration. Il a fait des concerts dans le monde entier et a joué avec les plus grands. Il avait sa place parmi eux, mais il avait fait le choix de ne pas être très people. Il avait deux amours spirituels sans sa vie : sa terre et sa musique. C’était un musicien gentleman farmer, il cultivait aussi bien la musique que la terre. »

 Cheik Tidjan Seck (artiste)

« Il avait un cœur fédérateur»

« La disparition d’Ali Farka Touré est une lourde perte pour toute la communauté africaine et pour le Mali en particulier. (Très ému) Je n’ai pas de mot… Je garde l’image d’un très grand artiste qui gardait toujours son enthousiasme et son humour. Il avait un cœur fédérateur. »

 Habib Koité (artiste)

« Tout le Mali est en deuil »

« Je n’arrive pas à vous expliquer. Je suis confus… Quand nous sommes allés reconnaître le corps ce matin ça a vraiment été terrible de le voir là. Le Mali perd un homme de culture énorme. C’était un monument. Il était comme l’arbre que l’on voit tous les jours, comme l’air qu’on respire. Tout le Mali est en deuil. Toutes les radios de Bamako font des émissions spéciales. Le quartier de l’artiste est plein de monde. Avec la chaleur, on a été obligé d’installer des tentes pour accueillir les gens. Beaucoup d’artistes sont déjà là. C’était pour moi un grand frère, quelqu’un qui m’a toujours conseillé et beaucoup respecté dans mon travail. Il avait une imagination intarissable. L’Afrique vient de perdre un grand sage. »

 Robert Brazza (animateur radio sur Africa N°1)

« Ali Farka Touré était le gardien d’un temple »

« Ali Farka Touré était le gardien du temple. C’était un villageois au sens noble du terme. Autodidacte, il a pris son instrument pour porter sa musique sur tout les continents et pour jouer avec les plus grands. Il a décomplexé la musique traditionnelle africaine. Son talent a séduit les plus grands et des personnes comme Ry Cooder ou John Lee Hooker ne s’y sont pas trompé. En toute humilité il a naturellement montré par sa musique, qu’en matière de blues, ils n’avaient pas inventé la poudre. Il faut rappeler que c’est un artiste qui a tout de même gagné un Grammy Award (récompense de la musique aux Etats-Unis). J’ai eu la chance de faire sa connaissance, il avait vraiment des paroles de sage. Aussi je citerais Hampaté Bâ : « Quand un vieux meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ».

 Benson Diakité (animateur radio sur RFI)

« C’était un géant au cœur d’or »

« Ali Farka Touré était un géant. C’est une immense tristesse pour le Mali et un véritable deuil national. Le Président, Amadou Toumani Touré, a d’ailleurs annoncé que l’Etat prendrait en charge tous les frais funéraires. C’est aussi une grosse perte pour l’art et la culture du continent et du monde. Il faisait parti des plus grands. Des grands qu’il invitait ou qui l’invitaient en studio. Rappelons qu’il avait réussi à glaner un Grammy Award, la plus prestigieuses des récompenses musicales américaines. Au-delà de l’artiste, c’était un homme de cœur. Un jour, il avait par exemple obligé sa maison de production en Grande Bretagne à déplacer tout le studio pour enregistrer dans son village de Niafounké. Ils avaient été obligé de transformer une classe d’école en studio moderne. Ali Farka Touré avait fait cela parce qu’il savait que c’était une opportunité de générer de l’activité pour les gens du village. Il était très attaché à la terre et à ses racines. Par exemple s’il n’avait rien à faire à Bamako, il restait toujours à Niafounké. Et quand il partait enregistrer en Europe, il exigeait que ça ne dure pas plus d’une semaine pour qu’il puisse retrouver les siens. »

 Queen Etémé (artiste)

« C’était une parfaite mémoire de la culture africaine »

« Ali farka Touré était une parfaite mémoire de la culture africaine. Il ne s’est jamais défait de la tradition et de ses racines profondes et c’est avec elle qu’il a avancé. C’était un homme respecté de tous. Je trouve toutefois dommage que nos artistes ne soient pas plus promus et vraiment reconnus à leur juste valeur de leur vivant. Je ne suis pas sure que la nouvelle génération sache qui était Ali Farka Touré. Si on ne fait rien, c’est notre culture qui s’évapore. Raison pour laquelle il faut que chacun apporte sa pierre à l’édifice, même à sa petite échelle, même si ça semble une goutte d’eau dans l’océan, pour faire vivre et perpétrer notre culture. »

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