« Montparnasse noir » : quand Paris rencontre l’art africain

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L’art africain se dévoile et prend possession du musée Montparnasse jusqu’au 15 octobre prochain, à l’occasion de l’exposition « Montparnasse noir ». De 1906 à 1966, elle retrace l’histoire d’amour tumultueuse qui lie la capitale française et les arts africains. Statuettes, photos, peintures se succèdent pour faire revivre une époque synonyme de brassage culturel.

Louise Simondet

Souvenir nostalgique…Alors que l’on fête le centenaire de sa naissance, plaquées au mur, les photos de la divine Joséphine Baker se laissent admirer. Une empreinte éternelle d’une époque révolue, mais toujours présente dans les mémoires. A quelques pas de la Tour Montparnasse, à Paris, au fond d’une cours bordée de verdure, le visiteur est invité à découvrir l’exposition « Montparnasse noir » au musée du Montparnasse Elle retrace, de 1906 à 1966, l’histoire d’amour, ponctuée d’échanges et de frustration entre la Ville Lumière et les mondes africains afro-américains et caribéens. De Paris à Brazzaville, de Saint Louis à Bamako, en passant par Pointe-à-Pitre et Fort-de-France, l’exposition est un voyage artistique empreint de rencontres, de coups de foudre et de désillusions.

Incursion dans le siècle passé

Point de départ de cette déambulation, l’année 1906. « C’est une année clé, note Stéphanie Suffren, commissaire de l’exposition. Le poète Léopold Sédar Senghor et Joséphine Baker voient le jour. Picasso peint ses ‘Demoiselles d’Avignon’ ». Cette année symbolique marque aussi (malheureusement) le début de la colonisation avec la première exposition coloniale qui se déroule au Grand Palais et la mission d’exploration de l’officier Moll entre le Cameroun et le Congo français. Ballade à travers le siècle passé, l’exposition « Montparnasse noir » s’achève finalement soixante ans plus tard avec la première Biennale des Arts Nègres à Dakar. Une page est tournée. « En 1966, grâce aux dadaïstes et aux surréalistes, l’art primitif devient un art à part entière », poursuit la commissaire. Il ne qualifie désormais plus une société.

Documents d’archives, photographies, peintures contemporaines, appartenant pour certaines aux collections Picasso, Senghor ou Vlaminck se succèdent pour témoigner de ces années. Le musique hall avec Joséphine Baker, le boxeur Al Brown prenant la pose sous l’œil avisé du photographe, les familles françaises en visite, par milliers, à l’exposition coloniale, Senghor et Césaire couvant la négritude…Et les statuettes d’ancêtres, rapportées du Gabon et les masques de buffles tout droit venus de Côte d’Ivoire happent le visiteur dans une ambiance quasi spirituelle pour l’entraîner dans l’univers des arts premiers. Comme Picasso, en extase devant les fétiches nègres du Trocadéro. Du boulevard de Raspail à Dakar, du boulevard du Montparnasse jusqu’à Brazzaville, les esprits se rencontrent et échangent.

Melting pot culturel à Paris

« Notre objectif a été de mettre en exergue le monde noir et la capitale française. Nous souhaitions évoquer et suggérer ce brassage culturel », explique la commissaire de l’exposition ». Il s’expérimente dans les cafés La Coupole, La Closerie des Lilas… les salles de spectacles et dans les ateliers des futurs « grands maîtres du XXe siècle ». « Montparnasse est à cette époque un pont artistique avec l’Afrique. Les artistes sont fascinés, affirme Stéphanie Suffren, par cette culture qu’ils découvrent à une époque où ils manquent d’inspiration. A Paris, beaucoup de courants artistiques contemporains se sont inspirés de l’art africain comme, par exemple, les cubistes ». Les artistes simplifient les formes et créent de nouveaux courants qui révolutionnent l’art. Picasso, Braque, Derain, Vlaminck sont attirés par cette civilisation et par cet exotisme. « Montparnasse noir, conclut, la commissaire, c’est avant tout la rencontre de l’art nègre et de l’art contemporain. Ce métissage culturel a une répercussion aujourd’hui quand on parle d’intégration, de la crise des banlieues… C’est important de faire connaître à nos enfants cette histoire qui est la nôtre ».

« Montparnasse Noir » jusqu’au 15 octobre

Musée du Montparnasse

21, avenue du Maine

75015 PARIS

Métro : Montparnasse Bienvenüe

 Visiter le site du musée du Montparnasse