Mon père, ce bourreau

Le premier film de la marocaine Fatima Jebli Ouazzani est un documentaire autobiographique qui oscille entre fiction et réalité. Un regard aigü sur la sexualité féminine au Maroc.

 » Une femme déflorée c’est comme un couscous de la veille : ça me dégoûte.  » Ainsi parle le grand-père de Fatima, la réalisatrice. Il parle d’elle puisqu’à 36 ans, elle n’est plus vierge, mais toujours pas mariée. Fatima a quitté la maison de son père à l’âge de 16 ans, et ne lui a plus jamais parlé depuis toutes ces années. Selon lui,  » une femme ne quitte sa maison que deux fois dans sa vie : pour se marier et pour être enterrée « . Fatima, malgré l’amour qu’elle porte à son géniteur, refuse cet état de fait, et part pour la Hollande. C’est à 24 ans qu’elle perd sa virginité :  » c’était le point de non-retour  » explique-t-elle.

Aujourd’hui, elle remue le passé en quête d’un avenir rassurant. Elle s’interroge : la vie qu’elle a choisie vaut-elle la perte de son père ? Son désir de liberté et d’émancipation n’est-il pas légitime ? Elle revient donc sur son enfance, et sur les exemples douloureux de sa mère et de sa grand-mère, qui ont toutes deux subi un mariage forcé, jusqu’à en mourir. Fatima mêle dans son film des interviews et des tranches de vie, avec des scènes reconstituant sa jeunesse.

Mariage  » traditionnel « 

La réalisatrice suit Naïma, qui a grandi aux Pays-Bas, et qui a décidé de se marier de manière  » traditionnelle « . Traduction : elle a décidé de rester vierge jusqu’à la nuit de noces. Son angoisse : ne pas saigner cette nuit-là. Car on sait qu’une jeune fille vierge peut très bien ne pas saigner lors du premier rapport. Une vérité scientifique qui s’oppose bien sûr à la tradition séculaire marocaine.

 » Dans la maison de mon père  » est un très beau documentaire, très sensible, qui met en lumière les blocages de la société marocaine. Scène symptomatique : même la sociologue interrogée sur le sujet sensible de la virginité, avoue ne pas pouvoir prendre de décision pour ses filles et s’en tire avec une pirouette :  » La virginité de mes filles regarde leurs futurs maris « .

Le documentaire, qui de Turin à Edimbourg, en passant par Thessalonique a été vu dans tous les festivals, a obtenu au Festival National du Film de Casablanca en 1998 le Grand Prix et le Prix de la presse, ainsi que le Prix spécial du jury à la Biennale des Cinémas arabes à Paris la même année. La France pourra enfin le découvrir à partir du 20 septembre à Paris.

« Dans la maison de mon père », sortie le 20 septembre 2000 au MK2 Parnasse, 11, rue Jules Chapelain, Metro Vavin, Paris France.