Max Diakok, un chorégraphe porteur d’espoir

L'affiche du spectacle

La compagnie Boukousou présente à Créteil, ce week-end, une création originale, La voix du papayer femelle, qui revisite la gestuelle de la danse Gwoka, alliant tradition guadeloupéenne et modernité. Max Diakok, danseur-chorégraphe et directeur artistique de la compagnie, nous a expliqué comment sa démarche identitaire a rejoint l’universel.

Max Diakok, danseur-chorégraphe guadeloupéen, présente ce week-end à Créteil sa nouvelle création La voix du papayer femelle, un spectacle de la compagnie Boukousou dont il est aussi le directeur artistique.

L'affiche du spectacleCe spectacle de chant créole et de danse contemporaine caribéenne, Max Diakok l’a bien évidemment imprégné de la démarche artistique qui le caractérise, une expression identitaire qui se veut être un tremplin vers l’universel : La voix du papayer femelle est un spectacle qui explore la vie, la fragilité de l’être, le déséquilibre et qui apporte quatre réponses, sous forme de quatre solos, aux pertes de valeurs inhérentes à l’évolution du monde, au chaos face à la mondialisation.

Le titre de la pièce est déjà un message d’espoir. Max Diakok explique : « En Guadeloupe, pour exprimer l’absence totale d’espoir, le projet inaccessible, on parle d’espoir de papayer mâle : lèspwa a mal papay… Le papayer mâle ne porte pas de fruit. Le papayer femelle c’est une petite voix qui dit qu’il y a toujours de la place pour l’espoir, pour que l’on trouve en soi une ressource intérieure ».

Depuis qu’il a découvert la danse, Max Diakok traduit en mouvements le regard qu’il pose sur le monde. Né en Guadeloupe en 1959, ce danseur-chorégraphe est très vite à la recherche de sa propre identité artistique : « Mon travail est essentiellement basé sur la gestuelle traditionnelle guadeloupéenne mais avec une dimension créatrice. Je ne suis pas porté sur l’interprétation, le copier-coller. J’ai été initié dans le milieu traditionnel mais j’ai eu très vite envie de personnaliser ma propre gestuelle ».
Il ne renie pas les origines de son art, au contraire, il s’appuie sur elles tout en créant son propre langage corporel. Son crédo : être à la fois « enraciné et ouvert ».

Enracinement…

Pour développer et enrichir son art, Max Diakok s’est d’abord ancré dans les traditions ancestrales. A 20 ans, il vit en Guadeloupe et pratique le ka, cet instrument de percussion qui accompagne les swaré léwoz, soirées d’expression traditionnelle, où sont intimement liées musique et danse gwoka.

Très vite, il se consacre à cette danse traditionnelle dans laquelle chaque mouvement est codé, signifiant, et se met à parcourir la Guadeloupe à la rencontre des « vieux » qui fréquentent les soirées traditionnelles. Il veut comprendre, savoir, il cherche… Il se cherche : « Le gwoka est une gestuelle codée, je me sentais à l’étroit, je sentais que mon corps voulait exprimer autre chose… il fallait que je trouve ma voie en tant que créateur d’un nouveau langage. Ce travail a été un travail sur moi, il a fallu que je découvre, au-delà du style de la danse, ma propre mémoire corporelle, c’est une démarche spirituelle qui permet de redécouvrir ce que l’on est en toute innocence ».

… et ouverture

En 1980, il explore d’autres modes d’expression en dansant avec des groupes de Gwoka moderne. Mais, parce qu’il se sent limité techniquement dans ce qu’il veut exprimer, il décide de quitter la Guadeloupe pour la Métropole. Il expérimente la danse contemporaine, africaine, le street-jazz. « J’étais un peu perdu au début par rapport à la technique, mais j’ai appris beaucoup, notamment avec la danse africaine, qui représente un véritable enracinement au sol. Pour évoluer, il a fallu que je fasse parallèlement le silence en moi, le yoga m’a beaucoup apporté. Dans la danse aussi il faut faire le silence en soi. Etre à l’écoute de soi pour sentir venir le mouvement, sans chercher à élaborer un style, sur les chemins de la création, il ne faut pas être enfermé dans des codes, le propre de l’artiste est de s’étonner en permanence.»

La démarche de Max Diakok est surtout une expression identitaire issue du terroir dont il est originaire, mais « c’est aussi un tremplin vers l’universel ! Je veux parler à toute l’humanité. A travers ce que l’on est, on retrouve les problématiques universelles. Si je danse avec la mémoire de l’esclavage, le spectateur rebondit sur ce qu’il a vécu. A travers de ce qu’on exprime, tout le monde se relit. Rester soi-même, dans son identité, son enracinement, mais ouvert aux autres, c’est quelque chose de très dynamique ! Cela apporte une évolution, un enrichissement, un dialogue constructif avec les autres cultures, c’est un partage pas un phagocytage».

Il n’y a pas de prosélytisme dans le discours de Max Diakok, mais une volonté de partage universel de sa vision du monde. La petite « voix du papayer femelle » qui incite à garder espoir, coûte que coûte, quel que soit l’état du monde aujourd’hui, c’est peut-être, sûrement, un peu la sienne…

Informations pratiques :

 La voix du papayer femelle : vendredi 8 et samedi 9 février à 20h30, dimanche 10 février à 16h00.

MJC de Créteil
2, rue de Charpy,
Quartier de la Croix des Mèches
94000 Créteil
Réservations recommandées : 01 48 99 75 40

 A propos de la Compagnie Boukousou

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Photo : Max Diakok – © M. Diakok