Maurice : future cyber île

Depuis six mois, le gouvernement mauricien annonce une stratégie claire : le tout-informatique. La création imminente d’une zone franche informatique s’inscrit dans cette ligne et ferait presque oublier les problèmes auxquels se heurte le développement des nouvelles technologies sur l’île.

Le discours du gouvernement mauricien sur l’informatique est-il un leurre ? C’est ce que se demandent bon nombre de Mauriciens depuis que différents ministres, à commencer par le Premier, multiplient les annonces enthousiastes à propos du développement des nouvelles technologies sur l’île. Depuis octobre 2000, les discours fusent.

En pratique ? Les choses avancent. La création d’un port-franc informatique, doté d’une cybercité, de parcs numériques et d’un centre d’innovation proposant des services aux start-up est en bonne voie. Depuis le mois de février 2001, on sait que la cybercité sera bâtie à Poudre-d’Or. Aucune date butoir n’a encore été avancée mais des groupes indiens ont manifesté leur intention d’investir dans le secteur informatique à Maurice. Pentasoft, poids lourd de l’informatique indienne, a annoncé un investissement de 700 millions de roupies (23 millions de dollars US). Infosys, autre géant indien de l’informatique, a déjà obtenu cinq arpents à Poudre-d’Or.

Eldorado informatique

La cybercité abritera des firmes qui se consacrent au développement de l’informatique sous toutes ses formes : développement de logiciels, commerce électronique, hébergement de sites Internet, travaux de consultants, call centers. Hi-Tec City à Hyderabad, dans l’Etat indien d’Andhra Pradesh est un exemple. Construite sur une superficie de 158 hectares, elle regroupe une trentaine de compagnies. La cybercité dispose également d’infrastructures qui la rendent autonome : résidences, hôtels, cinémas…

La presse mauricienne parle déjà de la cybercité comme d’un Eldorado et de l’industrie informatique comme de la future épine dorsale de l’économie du pays. Selon le ministre de la Technologie informatique et des Télécommunications, Maurice comptera prochainement une moyenne de 500 détenteurs de diplômes universitaires en informatique par an, pouvant à eux seuls créer 5 000 nouveaux emplois directs et indirects au sein de la zone franche informatique.

Le Premier ministre, Sir Anerood Jugnauth, déclarait en novembre 2000 :  » Le secteur des Nouvelles Technologies de l’Information (NTIC) aidera le pays à faire face au chômage et à ouvrir des débouchés aux sortants des écoles. On estime à 20 000 le nombre d’emplois pouvant être créés dans ce secteur au cours des cinq prochaines années « .

Credo numérique

Info-Com Development Authority of Mauritius (remplaçant le National Computer Board) sera responsable de la création et de la gestion du port-franc informatique. L’organisme aura pour principal objectif la promotion de l’industrie informatique à Maurice.

C’est grâce à la collaboration indo-mauricienne que le développement de la technologie informatique pourra s’effectuer pleinement sur l’île. Selon Devendra Chaudry, directeur de la technologie informatique auprès du gouvernement indien,  » Maurice occupe une position stratégique dans la région, dans le secteur de la nouvelle économie « . Les autorités des deux pays auraient d’ailleurs prévu des exportations d’un milliard de dollars de produits informatiques.

Pourtant, l’absence de compétition dans le secteur des télécommunications -qui ne seront libéralisés qu’en 2003- ainsi que la quantité restreinte de capital humain, constituent deux contraintes majeures dans le développement de la nouvelle économie à Maurice. Les progrès concernant l’accès à l’Internet ont été faibles, à cause de tarifs très peu compétitifs.

La formation des Mauriciens au niveau des établissements scolaires et des universités, afin de créer des ressources humaines qualifiées, est plus que nécessaire. Le gouvernement a prévu pour l’année 2001, 1,6 milliard de roupies pour le développement de l’informatique dans les écoles (407 millions de FF, 56,7 millions de dollars). Il envisage de doter chaque école primaire du pays d’un ordinateur PC. Pour que Maurice se transforme en  » cyber island « , il faudra que le credo numérique du gouvernement devienne réalité.