Maroc: quand Benkirane soutient les décisions impopulaires de Mohammed VI


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Abdelilah Benkirane
Abdelilah Benkirane

Face à la flambée des prix de l’énergie, le débat politique prend une tournure inattendue au Maroc. Alors que la contestation gagne du terrain dans l’opinion publique, certaines figures adoptent une approche plus nuancée. C’est le cas d’Abdelilah Benkirane, dont les déclarations suscitent interrogations et réactions au sein de la classe politique.

Au Maroc, le débat sur la hausse des prix des carburants continue de cristalliser les tensions politiques et sociales. Pourtant, contre toute attente, Abdelilah Benkirane adopte une posture mesurée, appelant à la responsabilité plutôt qu’à la contestation. Lors d’une réunion du Parti de la justice et du développement (PJD), hier dimanche, l’ancien chef du gouvernement a estimé que l’augmentation des prix était « compréhensible » au regard du contexte international. Une prise de position qui tranche avec les attentes d’une partie de l’opinion publique, durement touchée par l’inflation.

Pour Abdelilah Benkirane, il est essentiel d’éviter toute dérive populiste, même face à des décisions impopulaires. En reprenant les arguments de Driss Azami, président du Conseil National du Parti de la justice et du développement, il insiste sur la nécessité d’analyser les fluctuations des prix à l’échelle mondiale. Entre crise énergétique, tensions géopolitiques et volatilité des marchés, le Maroc, fortement dépendant des importations, subit de plein fouet les dynamiques internationales.

Tensions internes d’un parti en quête de repositionnement

Cette posture modérée ne fait cependant pas l’unanimité au sein même du PJD. Des voix discordantes se font entendre, à l’image de Mustapha Ibrahimi, qui critique ouvertement la flambée des prix. Ce membre du groupe parlementaire du PJD s’interroge sur le rôle du gouvernement. Il évoque même, dans certains cas, une possible proximité entre l’exécutif et les opérateurs pétroliers. Ces déclarations font ressortir les tensions internes d’un parti en quête de repositionnement après sa perte d’influence sur la scène politique marocaine.

Malgré ces critiques, la position d’Abdelilah Benkirane reste cohérente avec son héritage politique. En 2015, c’est sous son gouvernement que le Maroc a procédé à la libéralisation totale des prix des carburants. Une réforme d’envergure, souvent saluée pour son audace économique, mais critiquée pour l’absence de mécanismes de régulation suffisants. Aujourd’hui, cette décision continue de produire ses effets, limitant la capacité de l’État à intervenir directement sur les prix.

Quand Benkirane se faisait avocat d’Aziz Akhannouch

Le débat actuel ne peut être dissocié de cette réforme structurelle. L’actuel chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler cette responsabilité historique du PJD. Selon lui, la libéralisation du secteur s’est accompagnée d’un manque d’anticipation, notamment en matière de constitution de réserves stratégiques d’hydrocarbures. Une critique qui renvoie à des choix économiques de long terme et à leurs conséquences sur la souveraineté énergétique du pays.

La hausse des prix des carburants affecte directement le coût de la vie, impactant les transports, les produits de base et le pouvoir d’achat des ménages. Cette situation alimente un mécontentement latent, amplifié par les réseaux sociaux et les débats publics. Cette stratégie n’est pas nouvelle. Déjà en 2022, Benkirane s’était opposé aux appels à la démission du gouvernement dirigé par Aziz Akhannouch. Il estimait alors qu’il devait disposer du temps nécessaire pour agir. Une position qui, à l’époque, avait suscité de vives réactions, notamment de la part de figures critiques comme Abdelaziz Aftati.

Malick Hamid
Je suis passionné de l’actualité autour des pays d’Afrique du Nord ainsi que leurs relations avec des États de l’Union Européenne.
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