Maroc : la culture du cannabis perd du terrain

La culture du cannabis est en régression au Maroc, le plus gros producteur mondial de la plante hallucinogène. Le constat est celui d’un rapport publié la semaine dernière par l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) et le résultat des efforts des autorités marocaines pour éradiquer une culture qui fait vivre de nombreux paysans.

La culture de cannabis et la production de résine ont diminué en 2004 et en 2005 au Maroc, selon l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) qui rendait public la semaine dernière son rapport 2006. Le Royaume chérifien est le premier producteur mondial de cannabis. Les chiffres qui témoignent de ce recul s’appuient sur une étude relative à la production de cannabis réalisée par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) en collaboration avec les autorités nationales. Parue en novembre 2006, elle indique que les superficies occupées par la culture du cannabis dans le Rif marocain, où il est cultivé depuis le 15e siècle, sont passées de 120 500 hectares, en 2004, à 72 500 hectares, en 2005. Soit une baisse de 40%. Cette réduction de la production s’explique par les mauvaises conditions climatiques et les mesures prises par le Maroc pour éradiquer la culture du cannabis. La production de résine est quant à elle passée de 2 700 tonnes, en 2004, à 1 066 tonnes en 2005 (moins de 61%).

Le cannabis marocain : nocif et salvateur

Pour parvenir à ce résultat, les autorités chérifiennes, qui ont longtemps fermé les yeux sur ce trafic ont procédé à des campagnes de sensibilisation pour aider les cultivateurs de cannabis à se reconvertir dans d’autres activités. La justice s’est faite par ailleurs plus sévère envers les trafiquants. Ils peuvent encourir des peines allant jusqu’à 30 ans de prison et sont passibles d’amendes comprises entre 200 000 à 800 000 dirhams. Selon les autorités marocaines qui brûlent, chaque année, plusieurs hectares de cannabis, les mesures mises en place devraient permettre l’éradication la culture de l’hallucinogène d’ici 2008.

Une bonne nouvelle dans le cadre de la lutte contre le trafic de stupéfiants, mais certainement pas pour les agriculteurs. Il n’est pas aisé pour eux de renoncer à cette manne, même si la peur de la prison est permanente. « Depuis que nous avons commencé à cultiver le cannabis, nous sommes effrayés. Mais que pouvons nous faire ? Nous essayons juste de subvenir à nos besoins et à ceux de nos enfants », confiait un agriculteur du Rif à la BBC. En 2005, ce sont 89 900 ménages, soit 760 000 personnes qui ont cultivé du cannabis et qui en vivent. Les ventes de cannabis brut et de résine de cannabis au niveau des exploitations agricoles ont été estimées, pour cette année-là, à 3,5 milliards de dirhams (325 millions d’euros). Cela correspond à un revenu brut par personne d’environ 4 600 dirhams (420 euros). La culture du cannabis est d’autant plus attractive que les prix du stupéfiant sont en hausse. Il a doublé entre 2004 et 2005, le kilo de cannabis brut se vendait à 25 dirhams 2004. La résine, elle, qui se vendait à 1400 dirhams le kilo est passée à 4 000 dirhams en 2005.