Mali : Sanogo, l’heure des comptes

Le capitaine Amadou Sanogo qui a mené le coup d’Etat contre Amadou Toumani Touré a été convoqué par la justice pour des violences imputées à ses hommes.

L’heure des comptes semble avoir sonné pour celui qui a mené le coup d’Etat contre l’ex-Président Amadou Toumani Touré, réfugié à Dakar. Contre toute attente, le capitaine Amadou Sanogo, promu général en août dernier, a été convoqué jeudi par la justice de son pays pour des violences imputées aux hommes qui lui sont encore restés fidèles.

Selon une source judiciaire, qui s’est confiée à l’AFP, cette convocation est liée aux soldats tués durant la dernière mutinerie contre lui, soulignant qu’il sera aussi interrogé sur toutes les violences de ces derniers jours, dont ses militaires sont accusés. Cette mutinerie a été menée début octobre par certains de ses anciens hommes à Kati, son ex-fief, situé près de Bamako, pour réclamer eux aussi des promotions. Mais des éléments du dernier carré fidèle au général Sanogo sont soupçonnés d’avoir réprimé des soldats qui ont participé à la fronde. A la mi-octobre, des familles qui se sont confiées à l’AFP ont affirmé avoir découvert dans la caserne de Kati et ses alentours les corps d’au moins trois de leur parents soldats.

Mutins « trahis »

Des troubles qui ont mis à mal les autorités de Bamako, obligeant l’armée régulière à intervenir, et contraignant le Président malien Ibrahima Boubacar Keita à écourter sa visite en France pour reprendre en main la situation. Cette fronde des anciens fidèles du putschiste n’est pas une surprise, explique à Afrik.com, cet observateur de la politique malienne. « Ils n’ont pas digéré le fait que Sanogo ait bénéficié de tous ses avantages après le coup d’Etat, alors qu’eux n’ont rien obtenu. Sanogo leur avait promis qu’ils seraient favorisés et auraient des promotions. Sauf qu’il n’en fut rien, puisqu’il a été le seul à avoir obtenu toutes les parts du gâteau. Ce qui a mis en colère une partie de ses hommes qui se sont senti trahis.»

Déjà depuis plusieurs mois, Amadou Sanogo était très critiqué par l’opinion qui voyait d’un mauvais œil tous ses avantages et son salaire faramineux. Sa promotion en août au rang de Général a attisé la colère de nombreux Maliens, estimant qu’il ne méritait pas tous ces honneurs, alors qu’il n’a jamais combattu pour son pays. D’autres ont rappelé qu’il était tout de même l’auteur du putsch qui a plongé le Mali dans une profonde crise, après la prise du nord par les groupes armés.

Amadou Sanogo et ses hommes sont aussi accusés d’avoir perpétré le massacre de plusieurs bérets rouges, militaires fidèles à l’ancien Président Amadou Toumani Touré, dans les mois qui ont suivi le coup d’Etat. De nombreuses ONG telles que Human Rights Watch ont dénoncé des tueries et arrestations arbitraires mené par les putchistes. Jusqu’à présent, ils n’avaient jamais été inquiétés par la justice de leur pays. Mais avec cette convocation du capitaine, cela pourrait bien changer.