Madagascar : l’armée s’empare du palais présidentiel


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L’armée a investi, lundi après-midi, les bureaux de la présidence, désertés par le chef d’Etat malgache, Marc Ravalomanana. La Grande Muette semble avoir choisi son camp : celui de l’opposant Andry Rajoelina. Pour sa part, l’Union africaine avait exhorté l’opposition « à ne pas s’emparer du pouvoir sans avoir rempli les obligations légales et constitutionnelles ». Peine perdue…

Des tirs ont retenti, lundi après-midi, à Antananarivo, la capitale malgache. L’armée a investi le palais présidentiel déserté, depuis plus d’un mois, par le président Marc Ravalomanana. Des salves d’armes automatiques et deux explosions ont été entendues dans le bâtiment tandis que deux blindés pénétraient dans l’enceinte. Des militaires se sont placés, en début de soirée, aux abords du palais et ont exhorté les personnes présentes dans les bureaux à sortir. Marc Ravalomanana, est, lui, toujours retranché dans son palais d’Iavoloha, en périphérie de la capitale.

Le soutien de l’armée à l’opposant malgache

Plus tôt dans la journée, le chef de l’opposition malgache avait demandé aux forces de l’ordre d’arrêter le président malgache, lors d’un discours devant ses partisans au centre d’Antanarivo. « Je demande aux forces de l’ordre d’exécuter sans retard les mesures de la ministre de la Justice du gouvernement de transition nommé par l’opposition », a-t-il déclaré. Cette annonce faisait suite au mandat d’arrêt pour « haute trahison » lancé parla ministre de la justice du gouvernement de transition, Christine Razanamahasoa, contre Marc Ravalomanana. « Les procureurs du territoire et les forces de l’ordre sont destinataires du mandat d’arrêt », avait-elle affirmé.

Le commandant de la gendarmerie avait toutefois déclaré n’avoir «pas encore été informé» de ce mandat d’arrêt, sans donner plus de détails. De son côté, le chef d’état-major de l’armée s’est déchargé de toute éventuelle responsabilité, affirmant que l’exécution de ce mandat d’arrêt « était du ressort de la gendarmerie et de la police » et non de l’armée.

La condamnation de l’Union africaine

Pour sa part, le conseil de la paix et de sécurité africaine (UA) qui tenait, lundi, une « réunion d’urgence » sur la crise politique, a appelé Madagascar au respect de l’ordre constitutionnel. « Si l’opposition veut s’emparer du pouvoir sans avoir rempli les obligations légales et constitutionnelles, ce sera un coup d’Etat et nous condamnerons », a affirmé à la presse, lundi, le président en exercice du Conseil de paix et de sécurité de l’UA, le Béninois Edouard Aho-Glélé. L’UA a déjà plusieurs fois condamné toute tentative anticonstitutionnelle de prise de pouvoir dans cette île de l’océan Indien, où doit se tenir le prochain sommet de l’organisation, en juillet. L’Union européenne a prévenu également qu’elle ne reconnaîtrait pas un pouvoir établi par la force.

Cette intervention de l’armée marque un tournant décisif dans la lutte pour le pouvoir entre Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina. La Grande Muette a fait le choix de se ranger du côté du chef de l’opposition. Une décision qui annonce peut-être la fin du président malgache…

Stéphanie Plasse
LIRE LA BIO
Stéphanie Plasse est une journaliste d'investigation française. Elle a débuté au sein de la rédaction d'Afrik.com de 2007 à 2010 avant de collaborer avec de nombreux médias de référence : Disclose, StreetPress, TV5 Monde Les Jours, mais aussi Slate.fr, Slate Afrique, Rue 89 et Les Inrocks . D'abord spécialisée dans l'actualité africaine, elle s'est ensuite orientée vers les enquêtes et reportages de société en France, avec un engagement particulier pour les questions de handicap et de violences sexuelles. Ses investigations sur les discriminations subies par les femmes handicapées et les défaillances dans leur prise en charge par les forces de l'ordre ont contribué à mettre en lumière des réalités trop longtemps invisibilisées.
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