Madagascar : des élections ou le chaos

Un an après le coup d’Etat d’Andry Rajoelina, la Grande Ile s’enlise dans la crise. Mercredi, des manifestants supporters des trois derniers présidents malgaches, Marc Ravalomanana, Didier Ratsiraka et Albert Zafy, ont été dispersés par des gaz lacrymogènes lancés par les forces de l’ordre lors d’une marche dans la capitale, Antananarivo. Les membres du Groupe international de contact (GIC) se sont rassemblés le même jour à Addis Abeba, en Ethiopie. Ils ont appelé les différentes forces politiques de Madagascar à s’entendre sur la tenue rapide d’élections démocratiques.

L’année 2010 débute avec de nouvelles échauffourées à Madagascar. Une marche pacifiste a été dispersée mercredi par les forces armées qui soutiennent le président auto-proclamé Andry Rajoelina. Les leaders de la mouvance « Madagascar » (l’alliance des partisans des trois principales forces d’opposition) avaient invité leurs fidèles à manifester en direction du palais présidentiel d’Ambohitsorohitra. L’objectif n’était pas, selon eux, de s’emparer du palais mais de « remettre une missive à Andry Rajoelina afin de le convaincre de revenir à la table des négociations pour poursuivre le processus consensuel ». En sortant du quartier de Magro, une place habituelle pour exprimer les revendications, les manifestants, accueillis par des tirs de grenades lacrymogènes, ont dû rebrousser chemin. Pour l’un des organisateurs, Fetison Rakoto Andrianirina, « co-président de la Transition » depuis l’accord d’Addis Abeba[L’accord du 6 novembre 2009 prévoyait un partage du pouvoir pendant la période de transition jusqu’aux élections de mars prochain avec la mise en place de deux co-présidents de Transition]], cette réaction militaire est «aussi désolant(e) qu’inacceptable», rapporte [L’express de Madagascar.

Une impasse politique

Les membres du GIC (Groupe International de Contact) se sont réunis le même jour à Addis Abeba, en Ethiopie. Une fois de plus, l’objectif était de sortir de l’impasse en faisant revenir à la table des négociations l’homme fort de Madagascar, Andry Rajoelina. Le GIC a affiché sa volonté de voir organisées des élections démocratiques. Il « est évident que le retour à l’ordre constitutionnel à Madagascar passe par des élections libres, transparentes et démocratiques pour redonner la parole au peuple souverain », a déclaré le président de la Commission de l’Union Africaine (UA) Jean Ping, qui préside également le GIC, à l’issue d’une réunion de cette instance à Addis Abeba.

Pourtant, la mouvance politique dirigée par Andry Rajoelina, termine ce jeudi deux jours d’atelier sur la préparation d’élections législatives fixées au 20 mars. La mouvance d’opposition « Madagascar » proteste fermement contre ce projet. Et le GIC a affirmé, hier, dans son communiqué final que ce sont « les autorités malgaches de la transition consensuelle et inclusive [qui] s’accorderont sur le calendrier et les conditions de l’organisation, du déroulement et de la supervision des élections », et a renouvelé son refus « des mesures unilatérales prises par les autorités de fait, notamment l’abrogation de la Charte de la Transition et le renvoi du Premier ministre de consensus ».

Le président de la commission de l’Union africaine Jean Ping, devrait se rendre à Antananarivo entre le 22 et le 25 janvier pour y exposer les propositions de la communauté internationale sur la crise qui secoue la Grande Ile.

L’ancien maire d’Antananarivo, Andry Rajoelina, est arrivé au pouvoir le 21 mars 2009, après avoir renversé le président élu démocratiquement en 2006, Marc Ravalomanana. Ce dernier avait dû faire face à des semaines de manifestations, qui se sont soldées par des dizaines de morts. Il a abrogé Charte de Transition proposée par le GIC. Et le 18 décembre, il a récusé le Premier ministre de transition, Eugène Mangalaza, alors que les quatre mouvances politiques du pays (Ravalomanana, Ratsiraka, Zafy et Rajoelina) s’étaient mises d’accord sur son nom en octobre dernier dans le cadre d’un pouvoir temporairement partagé. Il a nommé unilatéralement le colonel Albert Vital à sa place.

Si les trois principaux opposants malgaches semblent prêts à participer à des élections démocratiques dans les conditions proposées par le GIC, la position d’Andry Rajoelina est on ne peut moins évidente.