Macky Sall vise l’ONU : l’ancien Président du Sénégal défend son bilan et accuse


Lecture 5 min.
L'ancien Président du Sénégal, Macky Sall
L'ancien Président du Sénégal, Macky Sall

L’ancien Président sénégalais, Macky Sall, a officiellement engagé une campagne pour briguer le poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations-Unies. En déplacement aux États-Unis, il a échangé avec des représentants de la société civile internationale, dans un contexte où son bilan politique national fait débat.

À l’offensive sur la scène internationale, l’ancien Président du Sénégal, Macky Sall, tente de repositionner son image en misant sur son expérience à la tête de l’État et sur sa gestion des crises internes. Outre le plaidoyer pour la stabilité institutionnelle, il a affiché sa volonté de peser dans les équilibres diplomatiques mondiaux pour cautionner sa candidature à la direction de l’Organisation des Nations-Unies.

Crises politiques et gestion sécuritaire au cœur du débat

Au cours de cette rencontre, l’ancien chef de l’État a été interrogé sur les épisodes de tensions politiques qui ont marqué le Sénégal entre 2021 et 2024. Face à ces critiques, Macky Sall a défendu une ligne de fermeté. Il a affirmé avoir agi dans le respect de ses responsabilités constitutionnelles. Il a insisté sur son rôle de garant des institutions et de la stabilité. Ce, dans un contexte qu’il décrit comme marqué par des tentatives de déstabilisation violente visant à accéder au pouvoir en dehors des mécanismes démocratiques classiques.

Revenant sur ces années de turbulences, Macky Sall a évoqué des actes de violence ciblant des infrastructures publiques et privées, ainsi que des institutions stratégiques. Selon lui, des bâtiments administratifs, des médias et des projets structurants comme le Train express régional ont été attaqués, mettant en péril l’ordre public. Il a également mentionné des menaces contre des magistrats et des responsables politiques. Des événements qui, selon lui, ont représenté un moment critique pour la stabilité nationale et la continuité de l’État sénégalais.

Amnistie et transition politique : un choix stratégique

Dans ce contexte, l’ancien Président a justifié la réponse sécuritaire de l’État comme une nécessité pour préserver la République. Il a affirmé que les autorités avaient agi pour rétablir l’ordre, tout en confiant les suites judiciaires aux institutions compétentes. L’un des points clés abordés lors de cette rencontre concerne la loi d’amnistie adoptée en fin de mandat. Macky Sall a présenté cette décision comme un acte politique visant à apaiser les tensions. En plus d’éviter une fracture durable au sein de la société sénégalaise.

Selon lui, cette mesure a permis la libération de détenus et la décrispation du climat politique, favorisant ainsi l’organisation d’une élection présidentielle dans des conditions jugées acceptables par la majorité des acteurs. Cette transition politique a abouti à l’arrivée au pouvoir du parti Pastef, à l’issue d’un scrutin que Macky Sall qualifie de transparent et démocratique. Il a insisté sur le fait que ce changement de régime prouve la maturité institutionnelle du Sénégal. Ce passage de témoin pacifique constitue un argument central dans sa communication internationale.

Une candidature à l’ONU sous le prisme de l’expérience africaine

La candidature de Macky Sall à la tête de l’ONU intervient à un moment très particulier de la gouvernance mondiale ponctuée de conflits armés et d’instabilité politique. L’ancien Président sénégalais met en avant son expérience à la tête d’un pays considéré comme stable, ainsi que son implication dans des initiatives internationales. Notamment en matière de financement du développement et de transition énergétique en Afrique.

Son ambition, dit-il, vise à renforcer la représentation africaine au sein des instances internationales. Le continent, souvent sous-représenté dans les postes décisionnels mondiaux, pourrait voir dans cette candidature une opportunité stratégique. Toutefois, la compétition s’annonce intense. Et le passé politique des candidats, y compris leur gestion des crises internes, pèsent sur la balance.

Engagement en faveur de la démocratie

Pour Macky Sall, cette campagne est aussi une épreuve de crédibilité. Les critiques liées à la gestion des manifestations et aux restrictions des libertés durant son mandat pourraient peser dans l’appréciation de son profil. En réponse, il met en avant la résilience des institutions sénégalaises et le respect du calendrier électoral. Deux éléments qu’il considère comme des preuves de son engagement en faveur de la démocratie.

Macky Sall entend se positionner comme un candidat capable de porter la voix du Sud global tout en dialoguant avec les grandes puissances. L’ex-Président du Sénégal multiplie les rencontres à l’international, notamment aux États-Unis. L’ancien dirigeant cherche à élargir sa base de soutien et à convaincre au-delà du continent africain. Sa stratégie est basée sur un discours axé sur la paix, la stabilité et le multilatéralisme ; des valeurs au cœur de la mission de l’ONU. Le processus de sélection reste encore ouvert.

Une candidature sans le soutien de son propre pays

Si Macky Sall s’exprime avec l’assurance d’un chef d’État rodé aux arènes internationales, sa candidature repose sur une fragilité politique de taille : c’est le Burundi via son président Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine, qui a officiellement porté sa candidature devant l’ONU, et non le Sénégal. Dakar a signifié à l’UA qu’il n’avait « à aucun stade endossé » cette initiative, entraînant dans son sillage une vingtaine d’États membres du continent dans l’opposition. L’UA n’a donc pas accordé son quitus collectif à la candidature.

Cette absence de soutien national constitue un signal politique fort, que certains observateurs lisent comme une tentative d’utiliser l’ONU comme bouclier face à d’éventuelles poursuites judiciaires au Sénégal, accusation que ses partisans récusent. L’épreuve de vérité approche : le 22 avril 2026, Macky Sall sera auditionné au siège des Nations-Unies à New York, de 15h à 18h, devant les représentants des 193 États membres, pour défendre sa vision face à ses trois concurrents, Michelle Bachelet, Rebeca Grynspan et Rafael Grossi.

Alioune Diop
Une plume qui balance entre le Sénégal et le Mali, deux voisins en Afrique de l’Ouest qui ont des liens économiques étroits
Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News