Les victimes du Probo Koala enfin indemnisées ?

Le cabinet d’avocat britannique Leigh Day & Co et la Coordination nationale des victimes des déchets toxiques de la Côte d’Ivoire (CNVDT-CI) ont enfin conclu un accord jeudi. Les deux organisations vont désormais tenter de mener conjointement le versement des indemnisations aux victimes des pollutions du cargo Probo Koala. Amnesty International craint que ne soit commis des abus.

Une page est sur le point d’être tournée dans l’affaire du Probo Koala. Les 30 000 victimes qui avaient porté plainte contre le Probo Koala, devraient être enfin indemnisées à partir du mois de mars. Le navire, affrété par la société hollandaise Trafigura avait déversé 500 tonnes de déchets toxiques, en août 2006, dans les décharges publiques d’Abidjan. Contre toute attente, un accord est intervenu entre le cabinet d’avocats anglais Leigh Day & Co et Coordination nationale des victimes des déchets toxiques de la Côte d’Ivoire (CNVDT-CI), mettant fin à une longue bataille juridique. La distribution des fonds « va se faire conjointement avec le cabinet anglais », a affirmé Claude Gohourou, président de la CNVDT-CI.

Après des années de négociations avec la multinationale Trafigura, les avocats de Leigh Day & Co avaient obtenu, en septembre 2009, la gestion d’environ 33 millions d’euros pour le compte des sinistrés. Au terme de l’accord appuyé par la Haute Cour du Royaume Uni, ils affirmaient être les seuls représentants des victimes. Mais la CNVDT-CI lui contestait ce statut et avait obtenu de la justice ivoirienne le gel des fonds. La décision prise en janvier d’autoriser l’association à recevoir les indemnités sur son compte bancaire avait défrayé la chronique.

Un accord frauduleux ?

L’entente surprise entre les deux rivales suscite la suspicion des ONG. Selon Amnesty International, « il est extrêmement troublant que les avocats des victimes aient été contraints de conclure un accord avec une organisation dont la prétention à représenter 30 000 victimes est de toute évidence frauduleuse ».

Au terme du nouvel accord, Leigh Day & Co et CNVDT-CI vont conjointement superviser un processus de validation des demandes individuelles de compensation, chaque personne devant percevoir environ 1150 euros. Les demandeurs auront ensuite trois dimanches pour chercher leur argent dans les succursales de la Société Générale. « La distribution de ces fonds à 30 000 personnes en trois jours est tout simplement irréalisable. Amnesty International craint que les fonds ne soient pas alloués dans le délai imparti et que la CNVDT-CI finisse par partir de toutes les façons avec l’argent », a déclaré Widney Brown, directrice générale chargée du droit international et de la stratégie politique à Amnesty International.

A la suite du déversement de déchets toxiques dans l’agglomération d’Abidjan, plus de 100 000 personnes ont consulté des médecins en raison de différents problèmes de santé et 17 seraient décédées. En février 2007, Trafigura avait obtenu de l’Etat ivoirien l’abandon des poursuites judiciaires contre le versement de 152 millions d’euros.

L’instabilité politique à Abidjan, comme le montre les manifestations contre le président Laurent Gbagbo, inquiète d’autant plus pour la sécurité et l’indemnisation des victimes. La date du début de la remise des fonds n’est pas encore connue. Même si ce nouvel épisode provoque de l’espoir pour la population ivoirienne, l’affaire du Probo Koala n’est pas encore terminée.

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