Les Sénégalais de France pourront-ils voter ?

A quelques jours de la présidentielle, qui se tiendra dimanche, le climat est toujours tendu au Sénégal. Une situation qui inquiète la diaspora en France qui ne sait toujours pas si elle pourra voter. Nombreux sont les Sénégalais à s’être inscrits sur les listes électorales. Certains n’ont toujours pas récupéré leur carte électorale au consulat du Sénégal, à Paris.

« C’est une journaliste. Elle ne doit pas entrer dans le Consulat pour interroger les gens ! Si elle refuse d’appliquer cette règle je la délogerai moi-même ! ». Ces consignes strictes, lancées en wolof par un responsable, révèlent l’atmosphère tendue qui règne au Consulat du Sénégal à quelques jours de la présidentielle. La file d’attente est interminable. La lassitude se lit dans le regard des Sénégalais de France venus retirer leur carte électorale. Plusieurs d’entre eux sont déjà venus à maintes reprises pour la récupérer. En vain. Alors qu’elle leur avait été promise pour fin 2011.

Des voitures de police stationnent devant l’entrée. Plusieurs policiers sont sur place pour éviter de nouveaux troubles. « Les tensions sont récurrentes depuis quelques semaines au Consulat », affirme Awa, 15 ans, qui vit depuis peu de temps en France. La jeune femme s’y est rendue régulièrement dans le mois avec sa mère. « Il y a quelques semaines des gens ont cassé une porte. Ils voulaient récupérer leur carte car ils en avaient marre qu’on les envoie balader ! Donc, depuis cet incident ils ont appelé les policiers pour venir surveiller. »

« C’est la désorganisation totale au Consulat ! »

Une situation qui en agace plus d’un. « C’est la désorganisation totale au Consulat. J’ai dû faire au moins une heure et demi de queue avant d’être autorisé à rentrer ! », s’écrie cet étudiant en informatique. « Depuis le mois de janvier, je viens régulièrement ici pour récupérer ma carte électorale. Mais à chaque fois, ils m’ont dit de revenir un autre jour car elle n’était pas encore disponible ! », déplore Bokar, 35 ans. Le jeune homme n’est pas le seul à dénoncer cette désorganisation. Joseph, 51 ans, qui tient absolument à voter, vit depuis les années 80 en France. Cet ouvrier de chantier, aux mains marquées par des années de labeur, s’est aussi rendu à plusieurs reprises au Consulat pour obtenir sa carte. « Beaucoup sont déjà découragés ! Ce n’est pas la première fois que je viens, d’autant plus que j’habite en province, à Beauvais. C’est plusieurs heures de route ». Pour le quinquagénaire, c’est une manœuvre du pouvoir qui veut éviter que la diaspora n’aille aux urnes. « Ils refusent qu’on vote car ils ne veulent pas que Wade perde. S’ils ont organisé les élections, ce n’est pas pour perdre ! »

« Nous ne prenons que les cinquante premiers par jour ! »

Une position que le responsable de la tenue du scrutin à Paris, Ousmane Ngom, est loin de partager. Chargé de superviser les opérations, l’homme élancé l’assure: « Les cartes électorales étaient disponibles depuis le 23 janvier. Mais certains électeurs ont attendu le dernier moment pour venir les chercher ». Mais avant même qu’il termine son explication, un homme âgé d’une soixantaine d’années, l’interpelle. Il est visiblement en colère car un autre de ses compatriotes vient de lui prendre sa place alors que ce n’était pas son tour. « J’étais avant lui, ce n’est pas normal qu’il soit passé devant ! C’est bon ! je retourne dans la file, je ne veux pas polémiquer ! » A peine ce dernier tourne les talons que le responsable lui lance : « Nous ne prenons que les cinquante premiers par jour, au delà nous n’acceptons plus personne ! » Il ajoute que, pour « ceux qui ne pourront pas récupérer leur carte à temps, une commission les prendra en charge » mais sans conviction. Il semble lui-même ignorer le programme. « Nous travaillons même le samedi », affirme-t-il avant d’être contredit par un de ses collègues qui rectifie l’information : « Non, samedi, nous sommes fermés ! ». Ousmane Ngom, très mal à l’aise, répond : « Je n’étais pas au courant ».

Les électeurs sénégalais de France ont jusqu’à ce vendredi, 17 heures, pour retirer leur carte. Ils doivent être munis d’un récépissé et d’une carte d’identité numérisée. Le scrutin se déroulera ce dimanche à la plaine Saint-Denis de 8 heures à 18 heures. Pourvu qu’ils soient parmi les cinquante premiers avant le temps escompté.