Les Pygmées victimes des soldats cannibales !

Ca pourrait ressembler au titre d’un de ces mauvais films coloniaux qui faisaient trembler les spectateurs des années 30, friands d’une Afrique mythifiée, sombre, mystérieuse et peuplée de cruels anthropophages. Et pourtant, ce dont Afrik.com vous parle aujourd’hui n’a rien de kitsch ou de désuet et semble malheureusement correspondre à une terrible réalité pour laquelle Ntumba Luba Lumu, ministre des Droits Humains de la République Démocratique du Congo, donnait une conférence de presse en marge du sommet France-Afrique.

On connaît la terrible situation de l’ex Zaïre : depuis 97, après plusieurs années de conflits entre factions rivales, mêlés d’ingérences rwandaises et ougandaises, près de 5% de sa population a disparu, victimes directes ou indirectes de la guerre et 10 % est contraint à l’exode vers des régions plus sûres. Mais, un peu naïfs, nous aurions pu croire à  » l’Accord Global et sans exclusive  » signé à Pretoria le 17 décembre dernier, un accord censé prononcer la cessation des hostilités et la réconciliation nationale.

Exactions d’un autre âge

Pourtant malgré cela, on découvre qu’un pas de plus semble avoir été franchi dans l’horreur. Les bandes armées essentiellement celles du MLC de Jean-Pierre Bemba dont on connaît les soutiens du gouvernement centrafricain d’Ange-Felix Patassé se sont attaquées aux populations de l’Ituri, province orientale du Congo, très convoitée à cause de ses mines d’or. Une opération ironiquement nommée  » Vaccination  » pour évoquer le porte-à-porte des infirmiers qui administrent le vaccin anti-polio. Mais il s’agissait là bien sûr d’un autre genre de porte-à-porte.

Non content de se limiter aux trop traditionnels pillages, viols et brutalités d’usage destinés à canaliser les soldats non payés, l’inimaginable s’est produit sous la forme de plusieurs cas de cannibalisme essentiellement à l’encontre des Pygmées. Le premier témoignage officiel est venu de l’évêque de Butembo relayé par la suite par des ONG locales comme la Voix des Sans Voix, et par les organes représentatifs du peuple pygmée. Ceux ci sont venus le 15 janvier à Kinshasa pour réclamer l’établissement d’un Tribunal Pénal pour faire comparaître les coupables de ses exactions. Parmi eux Nzoki Amati témoigne  » Depuis ma cachette, j’ai vu des soldats arracher le coeur d’un enfant puis le manger après l’avoir fait rôtir sur un feu ». Ainsi plusieurs dizaines, voire centaines de Pygmées auraient finis découpés, bouillis ou grillés.

Règne de la terreur

Ces horribles pratiques semblent s’expliquer de deux manières : une volonté de traumatiser des populations susceptibles d’être insoumises en leur faisant voir l’indicible. Ainsi des Pygmées auraient été contraints de consommer de la chair de leurs proches ou de leur propre chair découpée sur leurs membres. Par ailleurs les bandes armées accompagnées de féticheurs croiraient acquérir la force des peuples de la forêt en consommant leur chair. Bien sûr la dénonciation de ces méfaits apporte de l’eau au moulin du gouvernement en place en vue de la renégociation des accords de Pretoria. Mais les faits semblent avérés par des sources indépendantes puisque le 15 janvier la MONUC, Mission de l’ONU au Congo a reconnu officiellement que des actes de cannibalisme avaient été perpétrés.

Jean-Pierre Bemba après avoir nié, a esquivé le problème en affirmant vouloir établir lui-même un tribunal pour châtier les coupables. Un Jean-Pierre Bemba qui, en compagnie de son ami président centrafricain Ange-Félix Patassé, est par ailleurs sous le coup d’une saisie devant la Cour Pénale Internationale par la Fédération Internationale des Droits de l’Homme pour des exactions commises à Bangui du 25 au 30 octobre dernier. Le gouvernement congolais de Joseph Kabila veut que justice soit faite et revient à la charge auprès de l’ONU, pour l’établissement d’un Tribunal Pénal International pour le Congo, réclamée depuis près de deux ans malgré les innombrables crimes de guerre qu’ont vécu le pays. Mais à l’ONU, le pétrole irakien est un dossier plus lourd que celui des derniers Pygmées. Entre les soldats anthropophages et le virus Ebola, le Congo peut continuer à mourir dans l’indifférence générale. Bon appétit messieurs les cannibales !

Jean-Jacques Rue