Les peuples ont le gouvernement qu’ils méritent : qu’ont fait les Guinéens pour mériter Alpha Condé ?

Le Président de la Guinée, Alpha Condé

Alpha Condé se présente pour un troisième mandat. Son parti a officialisé l’annonce. Les nombreuses manifestations organisées par le peuple de Guinée pour empêcher cette forfaiture, cette haute trahison, n’auront donc servi à rien. Le vaillant peuple de Guinée méritait-il ce genre de dirigeant ?

 

La police guinéenne

« Les peuples ont le gouvernement qu’ils méritent ». Cette affirmation de Montesquieu reprise plus tard par Joseph de Maistre sous la forme « Toute nation a le gouvernement qu’elle mérite » vient à point nommé dans l’analyse de la situation que vivent les Guinéens, peuple prisonnier de ses dirigeants depuis son indépendance, en 1958. Sans chercher à remonter loin le fil de l’Histoire, nous allons focaliser notre analyse sur un cas vraiment préoccupant : le cas Alpha Condé. A 82 ans, cet homme est vraiment un cas pour ses compatriotes, nous allions même dire un casse-tête chinois. Tant sa volte-face paraît surprenante et inexplicable !

Manifestation en Guinée

Il y a tout juste quelques années, Alpha Condé arborait le costume de l’opposant historique au Président Lansana Conté, celui du chantre de l’alternance démocratique, emprisonné pour les causes qu’il défendait. Qui pouvait imaginer qu’un homme avec un tel parcours et avec les idées qui étaient les siennes, une fois au pouvoir, allait prendre le contre-pied de tout ce qu’il défendait ? Qui pouvait penser que l’auteur de brochures engagées comme : Quel avenir pour la Guinée, publiée en mai 1984, Propositions pour la Guinée, parue en décembre 1984, Pour que l’espoir ne meure, sortie en août 1985, ou encore plus récemment de l’ouvrage Un africain engagé : ce que je veux pour la Guinée, paru en 2010, n’exprimait dans ces écrits que le contraire de sa conviction profonde ? Qui pouvait savoir que ce que Alpha Condé voulait, en réalité pour la Guinée, c’était d’instaurer un régime autocratique, peu soucieux de la vie et du bien-être des citoyens ?

Va-t-on dire que c’est l’exercice des fonctions suprêmes qui a travesti l’homme pour en faire le dirigeant assoiffé de pouvoir et peut-être de sang qu’il est devenu ? Rien n’est moins sûr. Quand on a eu son parcours, mené les luttes qui ont été les siennes, et que par un heureux coup du sort, on parvient à la tête de son pays, à 72 ans, se voyant ainsi offrir les clefs pour concrétiser les idées défendues durant des années, on ne modifie pas la Constitution pour se maintenir au pouvoir. On ne tombe pas dans les mêmes travers que ceux qu’on combattait quelques années plus tôt. Nelson Mandela a bien tracé le chemin. La sagesse doit primer sur tout attrait du pouvoir.

En tentant de passer par la force vers un troisième mandat auquel la Constitution de son pays ne l’autorisait point, Alpha Condé a balayé d’un revers de main la lutte qu’il a menée pendant des années pour la liberté. Nous n’exagérons rien en disant qu’il a montré son manque de grandeur, et prouvé qu’un vieillard assis ne voit pas toujours plus loin qu’un jeune homme debout.

Le Président de la Guinée, Alpha Condé

Les Guinéens ont-ils eu tort de faire confiance à celui qui passait pour un démocrate convaincu ? Méritent-ils cet Alpha Condé-là ? La réponse est sans ambages, non.
Là encore, nous faisons appel à une pensée philosophique qui traduit la pluridimensionnalité de l’être humain. Montaigne avait bien raison d’écrire : « C’est un sujet merveilleusement vain, divers et ondoyant que l’homme ».

Mais tant que les choses évolueront comme ça, et que les victimes une fois hissées au sommet, deviendront plus méchants que les bourreaux qu’ils peignaient en diable autrefois, quand ils étaient dans une autre posture, la marche de l’Afrique vers la démocratie véritable porteuse d’épanouissement de l’humain sera longue.