Les oubliés du Fespam

Appelés au dernier moment pour partir, une escale prison à Kinshasa, sans visa, les passeports quelque part dans la ville, un conseiller fictif qui ne cesse « d’arriver », les premiers invités du 5 Festival panafricain de musique ont fait les frais d’une organisation extraordinairement bancale. Un scénario surréaliste pour film de série B.

Appelés au dernier moment pour partir, une escale prison à Kinshasa, sans visa, les passeports quelque part dans la ville, un conseiller fictif qui ne cesse « d’arriver », les premiers invités du 5e Festival panafricain de musique ont fait les frais d’une organisation extraordinairement bancale. Un scénario surréaliste pour film de série B.

De notre envoyé spécial à Brazzaville

Festival panafricain de musique. Problèmes de transport. Les premiers invités du Fespam 2005 transiteront par Kinshasa pour aller sur Brazzaville. Du moins paraît-il. Car personne, à un jour du départ, ne savait quoi que ce soit ni sur l’heure exacte ni sur la date du vol. Alors chacun téléphone de son côté pour essayer de savoir le fin mot de l’histoire. Celui qui à l’info passe le mot. Un système aléatoire qui marche, plus au moins. Seules 24 personnes qui devaient voyager, jeudi matin, sont à l’aéroport de Roissy à Paris. Aucune disposition n’a été prise pour les visas. Ni pour le Congo, encore moins pour la République démocratique du Congo. Personne de l’organisation pour nous accueillir. Air France ne veut rien entendre. Négociation, coups de téléphone, la situation se règle, in extremis.

« Tout est réglé. » Enfin presque, car les autorités aéroportuaires de Kinshasa n’ont pas manqué de découvrir que nous n’avions aucun visa… L’affaire se corse. On nous demande de laisser nos passeports sur place et de nous rendre à l’hôtel. De mauvaise grâce et un rien suspicieux nous nous exécutons. Nous sommes « censés » les récupérer, le lendemain matin, et traverser les 5 km de fleuve qui séparent Kinshasa de Brazzaville (15 minutes de bateau). A 45 minutes de l’aéroport, le Flats Hôtel Luntu, quartier Socimat, commune de Ngaliema. Un quartier résidentiel au milieu de nulle part.

13 chambres ont été réservées. Le calcul est simple. Les chanceux auront une chambre unique, les autres dormiront par deux ou par trois. « Personne n’a pensé à la restauration ? ». Apparemment non. Ici ce sont les francs congolais et non les CFA. Ici on ne parle pas en euros mais en dollar en matière de devise étrangère. Donc impossible de changer le moindre sou. Négociations. Encore. Et encore une fois on finit par trouver une solution.

Vendredi matin. Le départ enfin ? On ne sort pas comme ça du bourbier kinois. Comme en résidence surveillée, difficile de sortir de l’hôtel. Une prison même pas dorée pour les clandestins que nous sommes. Le chargé de protocole, complètement transparent, brille par son inefficacité. Son portable rivé à la main, ce n’est que dans l’après-midi que nous apprenons qu’il n’a pas d’unité. Il semblerait que personne ne se soucie de notre sort. C’est le flou le plus total. Dans cette galère : l’artiste camerounaise Viviane Etienne et son manager, le groupe de kompa (Original H), une partie de l’équipe de Télésud, CFI, Africa N°1, entre autres. Le conseiller du ministre (lequel ? Mystère.) arrive et tente de nous expliquer je ne sais quoi en cinq minutes top chrono. Il disparaît tout aussi vite qu’il est apparu. Alors que la RDC assure la co-présidence de l’événement.

16H30. Toujours ancune nouvelle de nos passeports. Le beach (pour la traversée du fleuve) est fermé depuis une demi-heure et nous sommes toujours à l’hôtel. « Les réfugiés de Sangate », « Guantanamo », les surnoms sont déjà tout trouvés. « Ici c’est pire que la prison ! On ne peut même pas sortir », lance un compagnon d’infortune. Délivrance, les visas arrivent enfin. Pas exactement les visas, du moins le feu vert pour quitter l’hôtel et aller au Beach embarquer. Deux bateaux ont été affrétés pour nous, ce qui n’empêche pas une incroyable cacophonie. Nous voici partis. Enfin. Bye bye Kinshasa, bonjour Brazzaville. Le Fespam commence samedi. Et nous espérons tous que le plat principal sera autrement plus savoureux que l’entrée.