Les horizons dégagés de l’économie africaine

Dans un contexte économique mondial morose, l’Afrique tire son épingle du jeu. Une étude publiée à la mi-décembre par l’Economist Intelligence Unit, montre que parmi les vingt pays qui seront en tête pour la croissance économique, huit sont africains.

Quel est aujourd’hui le paysage économique mondial ? Frappés à deux pas du temple de la finance universelle par les attentats perpétrés sur le World Trade Center par les hommes de Ben Laden, les Etats-Unis d’Amérique s’enfoncent dans la récession qu’avait préparée l’explosion de la bulle spéculative de la nouvelle économie en 2001. Récession aggravée par l’apparition d’une nouvelle puissance économique en Europe, fédérée par une nouvelle monnaie, l’Euro.

L’Amérique du Sud, traditionnel partenaire commercial des Etats-Unis, est elle-même frappée dans plusieurs de ses pays phares (l’Argentine surtout) par une crise sans précédent, caractérisée par un endettement phénoménal qui conduit même à la quasi mise en banqueroute de certains Etats… Autre partenaire traditionnel des Etats-Unis, le Japon ne parvient pas à se relever de la dépression qui l’affecte depuis plusieurs années, et les économies émergentes des dragons du Sud-Est asiatiques ne compensent pas pour l’instant l’essoufflement structurel, qui a conduit leurs économies à marquer le pas depuis quelques mois… En fait, seule parmi les grands pays, la Chine est entrée dans une dynamique de croissance. Même l’Europe, malgré son nouvel élan fédérateur, paraît économiquement un peu hésitante !

Petit dragon d’Afrique équatoriale

Dans ce contexte généralement sombre, quel sort est réservé aux économies africaines dans les prochains mois, et comment les conditions de vie vont-elles évoluer selon les pays ? Une étude intéressante a été publiée à la mi-décembre par l’Economist Intelligence Unit (EIU) sur les perspectives offertes par les économies de tous les pays du monde : bonne surprise, parmi les vingt pays qui seront en tête pour la croissance économique, huit sont africains.

En tête : la Guinée équatoriale, propulsée par un combustible prodigieux, le pétrole, et dont la petite taille accroît encore l’effet miraculeux de la montée en charge des exploitations d’hydrocarbures. Avec 34% de croissance en 2002, c’est un petit dragon qui est né au creux de l’Afrique équatoriale, au bord de l’Océan Atlantique. Il reste à souhaiter que cette embellie sera bien gérée et profitera à un développement général du niveau de vie, des infrastructures et de l’économie locale.

Mais trois autres pays vont voir leur richesse augmenter rapidement : l’Angola, le Tchad et le Mozambique, avec respectivement 10.3, 10 et 9.5% de croissance annuelle attendue. Même si les effets sur les économies locales ne sont pas forcément immédiats, même si le partage de cette richesse et de cette activité ne se fait pas toujours équitablement, il n’empêche que cette bonne santé économique générale ne peut manquer de créer un phénomène d’entraînement, facilitant la vie, de proche en proche, de beaucoup de Tchadiens ou d’Angolais… Dont il reste à espérer que les divisions internes ne remettront pas en cause ce scénario optimiste. La respiration qui est offerte au Mozambique pourra également être l’occasion d’un développement des équipements et des infrastructures collectives.

+3,5% de croissance

Il faut saluer les performances prévues de quatre autres pays africains, l’Ethiopie (+6,8%), le Burkina Faso (+6%), le Mali (+6%) et le Sénégal (+5,9%) qui n’ont pas la chance de pouvoir compter sur un développement des exportations de leurs ressources naturelles, puisqu’ils en sont chichement dotés, mais qui parviennent à devenir des points d’ancrage du développement de l’Afrique. Coup de chapeau particulier pour le Mali, organisateur en 2002 de la Coupe d’Afrique des Nations !

Même les pays actuellement en demi-teinte, qui constituent les  » poids lourds  » de l’économie africaine, la Côte d’Ivoire en particulier, mais aussi le Nigeria, l’Egypte, l’Afrique du Sud et les trois pays du Maghreb, connaîtront en 2002 une croissance réelle de leur Produit intérieur brut, variant entre 2 et 4% pour les mieux lotis. Autant dire que malgré la dépression mondiale, notre continent tirera plutôt mieux son épingle du jeu. Par rapport à l’ensemble du monde (en croissance attendue de 1,2%) l’ensemble de l’Afrique offrira un résultat satisfaisant, à +3,5% de croissance ! Surtout si ses dirigeants parviennent à lui donner cette condition nécessaire de toute prospérité durable : la stabilité politique et la démocratie, gage de bonne redistribution des richesses.