Les gendarmes quittent la Kabylie

Depuis samedi, les gendarmes algériens évacuent certaines casernes de Grande Kabylie pour être remplacés par des policiers. A deux mois des élections, Alger tente par ce geste d’apaiser une population au bord de la guerre civile. Le redéploiement des forces de l’ordre a été accueilli par des cris de joie à Tizi-Ouzou et dans les municipalités concernées.

 » On a gagné ! Vive les ârchs ! « , scandaient dimanche les habitants de Tizi-Ouzou devant la caserne désertée du centre-ville. Dans la nuit de samedi à dimanche, sept brigades de gendarmes ont reçu l’ordre de quitter leurs postes pour être remplacées par des policiers. Tizi-Ouzou, Béjaïa, Chemini et Azazgga font notamment partie de la liste, et l’évacuation pourrait se poursuivre encore au cours de la semaine à venir. Une victoire pour la population kabyle qui réclame depuis un an l’expulsion des autorités.

Dimanche, vers onze heures, dans la ville de Beni Douala, le père de Guermah Massinissa accrochait le portrait de son fils en lieu et place de la plaque, arrachée, de la caserne. Par ce geste symbolique, il rappelait comment, le 18 avril dernier, l’homicide du jeune lycéen par les forces de l’ordre avait mis le feu aux poudres en Kabylie. Les affrontements entre la population et les gendarmes ont fait depuis plus d’une centaine de morts. Et les manifestants n’ont eu de cesse de réclamer le départ des brigades.

Le combat continue

Le 12 mars, le président Abdelaziz Bouteflika s’était exprimé publiquement pour qualifier le démantèlement de la gendarmerie en Kabylie d’  » inconcevable « . Il avait laissé entendre cependant que  » dans certains cas, son implantation pourrait être reconsidérée « . C’est donc une  » nouvelle carte sécuritaire  » qui se dessine au cas par cas, sous la pression des populations. A deux mois des élections législatives, Alger tente par cette manoeuvre d’apaiser Tizi-Ouzou. Mais, fort de cette victoire, le mouvement des ârchs ne semble pas décidé à lâcher prise.

Un membre de la présidence tournante de la CADC de Tizi-Ouzou (Coordination des Aârouch, daïras et communes, les représentants des comités de villages et de tribus de Kabylie) confiait dimanche au journal Le Matin son insatisfaction devant le retrait partiel des gendarmes. Pour les ârchs, les concessions du pouvoir resteront sans valeur tant que la plate-forme de revendications  » non négociables  » rédigée le 11 juin à El-Kseur n’aura pas été adoptée. Au milieu des cris de joie de la foule, ce week-end, on pouvait en effet entendre des manifestants scander  » Ulac smah ulac !  » (le combat continue).