Les compagnies africaines pour la libéralisation de l’espace aérien

Les responsables des compagnies aériennes réunis à Nairobi ont averti que le maintien par les gouvernements de l’application de règles trop strictes visant les compagnies aériennes africaines ralentissait le commerce, le tourisme et les opportunités de création d’emplois.

Les compagnies aériennes africaines perdent des passagers au profit des compagnies étrangères car la plupart des Etats craignent la concurrence des transporteurs régionaux et ne sont pas disposés à ouvrir leurs cieux aux appareils du continent, ont fait remarquer les dirigeants des compagnies aériennes qui ont invité les gouvernements africains à promulguer des lois sur la concurrence équitables.

Le directeur général d’Ethiopian Airlines, Girma Wake, a déploré à l’ouverture de la réunion mardi que l’Afrique allait continuer à perdre ses passagers au profit des méga-transporteurs d’Europe et du Proche-Orient à moins que les gouvernements ne réagissent à temps pour épargner aux compagnies aériennes une série de restrictions, comme celles des visas.

« Nous avons tous besoin d’être soutenus par nos gouvernements, mais cela n’est pas bon pour le continent. Si nous réclamons la protection de notre pays, cela va finir par un préjudice à nos pays. Nous devrions commencer par créer des espaces aériens ouverts », a déclaré M. Girma aux délégués à une conférence sur le financement de l’aviation à Nairobi.

Dans un discours prononcé à l’ouverture de la 16ème Conférence annuelle sur le financement de l’aviation, mardi à Nairobi, M. Girma a averti que l’Afrique continuera à perdre une marge importante de ses voyageurs au profit des compagnies européennes et du Golfe, ce qui va remettre en question la survie des compagnies africaines.

Les compagnies aériennes africaines transportent actuellement 25% de tous les voyageurs qui arrivent et partent du continent, tandis que 75% des passagers empruntent les compagnies européennes.

M. Girma a indiqué que la prédominance des transporteurs européens va passer à 80% du trafic, ce qui va laisser au continent peu d’argent ou pas du tout pour acheter de nouveaux appareils.

« Finalement, l’Afrique va continuer à enregistrer des pertes et le coût du transport en Afrique va continuer à augmenter et nos économies seront les perdantes », a déploré M. Girma.

Seulement cinq compagnies aériennes africaines font partie du Top 50 des compagnies en Afrique, qui transportent 75% des passagers.

M. Girma a indiqué que l’Afrique devenait une puissance économique majeure et qu’on y trouvait du pétrole dans davantage de pays, ce qui rendait le continent plus attractif pour les compagnies aériennes étrangères.

Il a évoqué l’absence d’une politique de transport aérien pour l’Afrique comme une des raisons pour lesquelles la plupart des pays n’étaient pas disposés à signer des accords de transport aérien avec les autres compagnies.

« Ce n’est vraiment pas une excuse. Il n’existe pas de règles de concurrence en Afrique. Il nous faut des règles pour une concurrence saine. Le Protocole de Yamoussoukro va entraîner la disparition des compagnies aériennes », a-t-il déclaré.

Le directeur d’Ethiopian Airlines a estimé que même si un minimum de protection était nécessaire, la sur-protection des compagnies aériennes africaines n’était pas une bonne chose.

« Elle rend les compagnies aériennes protégées plus faibles et rend les services moins performants. Les restrictions de circulation imposées aux compagnies aériennes ne contribuent pas à l’avancement des pays. Elles signifient que ces derniers n’ont pas besoin du commerce et du tourisme », selon M. Girma.

Par ailleurs, le directeur général de l’Autorité de l’aviation civile du Kenya (KCAA), Chris Kuto, a estimé que de nombreux pays africains craignaient toujours que la libéralisation de l’espace aérien du continent entraînerait la disparition de leurs compagnies aériennes.

« Ils craignent que l’autorisation à d’autres compagnies aériennes d’opérer dans leur espace aérien va les neutraliser, mais ils devraient savoir qu’il a plus d’avantages à tirer de l’ouverture. Nous n’arrivons pas à voir les avantages cumulés de l’ouverture », a déclaré M. Kuto à la PANA.

Dans son discours, le ministre du Transport aérien du Nigeria, Felix Hyat, s’est félicité de la croissance sans précédent du secteur de l’aviation en Afrique, en indiquant qu’elle soulignait la prospérité économique croissante du continent.

« La croissance exponentielle de ce secteur pose au continent le défi majeur du financement du développement des infrastructures dans l’aviation », a fait remarquer M. Hyat.