Les clandestins, ces nouveaux « délinquants » en Italie

Le délit de clandestinité est l’un des mesures de la loi italienne du 8 août dernier. Elle a été promulguée par Silvio Berlusconi le président du Conseil, et soutenue par la Ligue du Nord, le parti extrémiste italien. Ce nouveau texte destiné à renforcer la politique de lutte contre l’immigration clandestine n’a pourtant pas découragé les 57 Erythréens retrouvés dans une embarcation de fortune au large de l’Italie.

Il y a quelques semaines, Silvio Berlusconi était parti en croisade contre les clandestins, armé d’une nouvelle loi dite de « paquet de sécurité » qui complète son arsenal anti-immigration. Avec ce nouveau texte vivement critiqué par la société civile et le Vatican, le président du Conseil des ministres dame le pion à son homologue français très engagé dans cette lutte. « C’est le champion européen qui va seconder Nicolas Sarkozy dans ces basses besognes », s’insurge l’Association malienne des expulsés qui réagit pour la première foi contre l’Italie. Au programme de cette loi : amendes, appel à la délation, milices populaires… Un menu alléchant qui a dû contenter la Ligue du Nord, parti populiste et xénophobe, allié incontournable de Silvio Berlusconi sur la question de l’immigration. Retour sur une loi à expulsion massive.

Délit de clandestinité

Pour la première fois les immigrés illégaux, dont le nombre est estimé entre 400 000 et 500 000 personnes en Italie, seront passibles d’une amende allant de 5000 à 10 000 euros, assorti d’une expulsion. Comme dans toutes les procédures pénales habituelles, ils devront se présenter au tribunal. S’ils ne payent pas, ils pourront être incarcérés. Silvio Berlusconi avait d’abord opté pour la réclusion immédiate avant de se rétracter, les prisons italiennes étant déjà surpeuplées. Mais le choix de l’amende ne résout rien, au contraire. Peu d’immigrés disposent de tant d’argent. Et, il est fort à parier que la plupart d’entre eux ne pourront pas s’acquitter de cette somme et seront donc emprisonnés en Italie en attendant d’être expulsés. Tout cela risque de coûter très cher aux contribuables italiens.

Allongement de la durée de rétention dans les CIE

Mais l’Italie n’est pas à une incohérence près. La loi mentionne également l’allongement de la durée de détention des immigrés de deux à six mois dans les centres d’identification et d’expulsion (CIE). Une mesure qui doit permettre aux pays d’origine de disposer de plus de temps pour accepter et reprendre leurs ressortissants. De l’avis de Filippo Miraglia, responsable chargé des questions sur l’immigration au sein de l’association italienne de promotion sociale (ARCI), ce volet ne devrait pas changer la manière de fonctionner des pays concernés. « S’ils ne veulent pas reprendre leurs résidents quinze jours après leur entrée dans les CIE, deux mois ou six mois de plus n’y feront rien. Les immigrés ne seront pas plus acceptés par leurs pays d’origine et resteront dans les centres », explique-t-il en se fondant sur une étude faite sur les CIE pour le compte du ministère italien de l’intérieur.

Des rondes citoyennes

Même si les mesures annoncées ne semblent pas viables, le président du Conseil peut toujours faire illusion auprès de la population qui, selon un sondage italien, soutient sa politique à 76 %. En concession à la Ligue du Nord qui lui a permis de disposer de la majorité absolue au Parlement italien, Silvio Berlusconi a instauré dans ce nouveau texte des rondes citoyennes, encadrés par les préfectures. Ces patrouilles d’un nouveau genre chargées de traquer les immigrés avaient déjà été mises en place officieusement dans le nord du pays, le fief du parti extrémiste italien. Quant aux Italiens qui auraient choisi l’autre camp et qui seraient tenter de venir en aide aux clandestins, la loi se charge de les réprimander. Ils seront accusés de délit de solidarité.

Appel à la délation

Silvio Berlusconi cherche avec ce texte à instaurer un climat de peur pour dissuader les étrangers de venir dans son pays. L’appel à la délation lancé par le président du Conseil s’ajoute aux autres mesures qui plongent les immigrés dans l’angoisse perpétuelle. Par peur d’être expulsés, les clandestins se privent, selon Filippo Miraglia, de leurs droits les plus élémentaires comme l’accès aux soins. « Ils ne se rendent plus dans les hôpitaux pour se faire soigner. Les femmes ne veulent pas accoucher dans les cliniques. Tous craignent d’être dénoncés », confie le responsable italien. De plus, ce texte rend désormais obligatoire la présentation d’un passeport ou d’un titre de séjour pour déclarer la naissance d’un enfant. Une disposition qui exclue de fait les sans-papiers et qui pourraient développer le phénomène des « enfants invisibles ».

Mais la présidence suédoise de l’Union européenne pourrait contrer les intentions de Silvio Berlusconi. Stockholm a décidé de proposer en septembre la réinstallation des immigrés échoués au large des côtes méditerranéennes dans les capitales de l’Europe, Italie comprise. Un coup dur pour le président du Conseil qui avait décidé de verrouiller ses côtes.