Les Africains réclament justice et réparation


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La traite négrière et l’esclavagisme sont désormais reconnus comme crimes contre l’humanité par la communauté internationale, depuis la conférence de Durban en septembre 2001. Reste la délicate question des réparations. Assani Fassassi, le président du Collectif des filles et fils d’Africains déportés, le COFFAD, revient sur les revendications des Africains.

Afrik : Quels types de réparations réclamez-vous aux anciens pays colonisateurs?

Assani Fassassi : Les réparations doivent se faire en deux étapes distinctes. Tout d’abord que soit prise en compte la conscience d’une dette à payer. Le concept de réparation doit perdre sa connotation mercantile. Nous voulons d’abord faire comprendre ce qui s’est passé. Dans un deuxième temps nous voulons récupérer ce qu’on nous a pris. Les objets d’art qui se trouvent dans les musées occidentaux, par exemple. Nous revendiquons tout ce qui est visible, tout ce qui nous a été volé. Tout ce que l’Europe détient, le COFFAD en demande la restitution. Et si c’est un bien non restituable, on en négociera le prix.

Afrik : Envisagez-vous des actions juridiques pour obtenir ces réparations ?

Assani Fassassi : Dès sa création, le COFFAD a commencé par le juridique. En 1996, nous avons porté plainte à Douala et nous nous sommes constitués partie civile. Une action relayée à Paris par l’avocat Jacques Vergès. Une partie de nos revendications ont été satisfaites avec la reconnaissance de la traite et de l’esclavage comme crime contre l’humanité. Par contre, en ce qui concerne les conséquences de cette reconnaissance nous devons continuer.

Afrik : Le manque de cohésion des pays africains les empêche de parler d’une voix unitaire. Comment dans ce contexte demander des réparations ?

Assani Fassassi : Jamais, il n’y aura d’unité. D’ailleurs, rien n’a jamais été fait de façon unanime. Un seul critère compte : qu’il s’agisse d’une action juste et éthique, car la justice est universelle. De plus, moins vous serez nombreux, plus vous aurez de chances de réussir.

Afrik : Quelle est votre réaction face au blocage des décisions prises lors de la Conférence sur le racisme de Durban, qui avait reconnu la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité mais s’était opposée à toute indemnisation ?

Assani Fassassi : C’est une affaire délicate. C’est la première fois dans l’histoire de l’ONU que l’organisation finance une conférence et refuse de publier les résolutions de cette conférence. Ceux qui s’opposent à la publication des travaux de Durban sont ceux qui veulent obtenir dans les comités de rédaction ce qu’ils n’ont pas réussi à avoir lors des débats. Nous sommes face à deux choix. Ou bien, comme Salomon, on accepte de couper le bébé en deux. Ou bien, on laisse l’enfant en vie jusqu’à le récupérer. Il est préférable que les conclusions de Durban soient mises entre parenthèses plutôt que de les charcuter. De toutes les manières, Durban reste pour nous une victoire et un acquis irréversibles.

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