Le Sénégal qui a perdu

L’usure du pouvoir, les querelles internes et la détresse des ruraux ont eu raison du Parti socialiste, véritable Parti-Etat. Cette défaite menace son avenir.

PREMIER perdant des élections, le Parti socialiste. Malgré le soutien de dernière minute, notamment, de l’ancien dauphin entré en dissidence Djibo Kâ, son candidat, Abdou Diouf, n’ a pas réussi à améliorer son score du premier tour. Pire, il n’a obtenu la majorité nulle part, pas même au bureau de vote où il a glissé son bulletin dans l’urne.

Dans la ligne de mire : l’omnipotent secrétaire général du Parti socialiste, Ousmane Tanor Dieng, surnommé OTD, apparaît comme l’un des principaux artisans de la défaite de Diouf, qui l’avait imposé à la tête de l’appareil en 1996.

PS : miné par les rivalités internes

Ce dernier l’a imposé à la tête de l’appareil en 1996. OTD a ensuite écarté Djibo Kâ, qui avec son nouveau parti, l’Union pour le renouveau démocratique (URD), a réalisé un score de 13% aux élections législatives de 1998. Puis ce fut au tour de l’ancien ministre des affaires étrangères Moustapha Niasse, laissant cet autre baron du parti fonder l’Alliance des forces de progrès (AFP), et rejoindre Me Wade dont il dirigera le gouvernement.

Alors que la pauvreté, aggravée par la dévaluation du franc CFA, en 1994, frappait les bastions ruraux du PS, les rumeurs de corruption touchant le cercle familial de la présidence achevait de discréditer le pouvoir en place.

Ce sont dans ces régions agricoles, où la chute de la production d’arachide a largement contribué à une baisse brutale des conditions de vie (50% de la population rurale vit en dessous du seuil de pauvreté) et les ondes radio de la presse indépendante hors d’atteinte, que le PS a perdu l’un de ses principaux relais : les enseignants.