Sénégal : Macky Sall se rend dans l’Empire du milieu

Macky Sall a entamé ce mercredi une visite de plusieurs jours en Chine. Il rencontre notamment ce jeudi le président de la République, Xi Jinping. Les échanges commerciaux entre les deux pays sont au centre de la visite du chef d’Etat sénégalais qui veut équilibrer sa balance commerciale. Macky Sall est le premier chef d’Etat africain invité par le nouveau Président chinois.

Le Président du Sénégal est arrivé ce mercredi à Beijing à 10h45 heures locales, en compagnie de plusieurs hommes d’affaires. Il va tenter de séduire les investisseurs de l’Empire du milieu. Il rencontre jeudi le Président chinois Xi Jinping et recevra le même jour des patrons d’entreprises chinoises. Vendredi, une rencontre est prévue avec le Premier ministre, Li Keqiang, et le président de l’Assemblée populaire (le Parlement chinois).

Des échanges déséquilibrés

L’objet de cette visite est de multiplier les partenariats entre les entreprises sénégalaises et chinoises. Le Sénégal veut pouvoir bénéficier du savoir-faire des entreprises de l’Empire du milieu. « Au-delà des infrastructures qui sont indispensables pour le développement d’un pays, il serait nécessaire que les deux pays s’orientent vers des projets en joint-venture dans lesquels la partie sénégalaise pourrait bénéficier de l’expertise chinoise », explique le ministre sénégalais conseiller et chef du Bureau économique, Mamadou Sarr. Il poursuit : « l’objectif est d’arriver à équilibrer la balance commerciale qui, pour le moment, penche favorablement en faveur de la Chine. (…) Le Sénégal exporte vers ce pays essentiellement des produits halieutiques, du coton, de l’arachide, des cuirs et peaux, etc. », rapporte le Soleil.

L’enjeu pour Macky Sall est de combler le déficit commercial de son pays avec la Chine, comme l’explique Xavier Aurégan, chercheur à l’Institut français de géopolitique. Il précise que le gouvernement doit avant tout diversifier ses partenaires. « Plus de 90% des échanges se font au détriment du Sénégal. (…) Le commerce entre le Sénégal et la Chine s’élève à plus de 400 milliards de francs CFA, c’est-à-dire plus de 600 millions d’euros. Il est essentiellement constitué de produits chinois importés », peut-on lire sur RFI.

Cela ne va pas sans créer des tensions avec les commerçants sénégalais. Ils se plaignent des rapports déséquilibrés avec les entreprises chinoises qui importent des matières premières en majorité ainsi que des pièces détachées de faibles valeurs ajoutées, contrairement au Sénégal qui achète des produits finis. Ce pays, comme beaucoup d’autres de la région, souffre d’un très faible taux d’industrialisation. « Quand nous achetons en Chine nous sommes obligés de passer par des intermédiaires. Les Chinois n’en ont pas besoin et ont donc accès à des produits beaucoup moins chers. En plus, ils ont ici des ateliers de montage. Quand nous achetons des produits prêts à l’emploi, eux ils importent des pièces détachées. Ils gagnent sur la quantité et sur la douane », dénonce le secrétaire général de l’Union nationale des commerçants et industriels sénégalais.

Une volonté pour la Chine de soigner son image

La Chine veut mettre en avant la proximité de ses relations avec le Sénégal ainsi que la diversité qui existe dans la coopération entre ces deux pays. « Entre le Sénégal et la Chine, c’est une logique de projets. Ce n’est pas une logique de montants », a récemment déclaré Xia Huang, ambassadeur de Chine au Sénégal. « Au début des années 80, la Chine a construit le stade Léopold Sédar Senghor et récemment le Grand Théâtre et a démarré les travaux du Musée des civilisations noires. (…) Est-ce qu’u pays autre que la Chine peut se targuer d’avoir construit au Sénégal des infrastructures de la dimension du stade Léopold Sédar Senghor et du Grand Théâtre national ? » peut-on lire dans le quotidien Le Soleil. « La Chine a également accordé 270 bourses à des étudiants sénégalais qui fréquentent actuellement nos universités », avait déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères, Zhai Jun. Xia Huang veut s’afficher comme un « partenaire sincère » et présente cette coopération sino-sénégalaise comme « gagnant-gagnant ».

En 2013, la Chine a alloué au Sénégal plus de 110 milliards de francs CFA d’aide au développement, environ 170 millions d’euros. Elle est aujourd’hui le quatrième bailleur de fonds du pays. Macky Sall reste en Chine jusqu’au samedi 22 février, date à laquelle il se rendra en France.