Le oui au commerce de l’ivoire africain

L’Afrique du Sud, le Botswana et la Namibie ont été autorisés à vendre une partie de leurs stocks d’ivoire. La Convention sur le commerce international des espèces protégées a tranché mardi à Santiago du Chili, tout en se ménageant des garde-fous pour éviter la reprise du braconnage. Malgré le caractère conjoncturel de l’opération, les organisations de protection des animaux redoublent d’inquiétude.

59 voix contre 26 : l’Afrique australe a gagné. La Convention sur le commerce international des espèces protégées de la faune et de la flore sauvage (Cites) a octroyé, mardi à Santiago, à l’Afrique du Sud, au Botswana et à la Namibie le droit de vendre exceptionnellement une partie de leurs stocks d’ivoire. Deux structures de contrôle seront mises en place pour éviter les débordements. Les organisations de protection des animaux restent inquiètes et sceptiques.

L’Afrique du Sud, le Botswana et la Namibie pourront respectivement mettre sur le marché 30, 20 et 10 tonnes d’ivoire à partir de mai 2004. Pour autant, la décision votée par le Etats membre du Cites ne signe pas la reprise pure et simple du commerce de l’or blanc, interdit depuis 1989. Il s’agit uniquement d’une opération spéciale. A l’image de celle de 1997, où la Convention avait déjà permis au Botswana, à la Namibie et au Zimbabwe de se départir d’une partie de leurs stocks. Une initiative qui avait généré plus de 5 millions de dollars de recettes.

Le Zimbabwe et la Zambie sur la touche

Le Zimbabwe et la Zambie qui demandaient eux aussi à pouvoir vendre respectivement 10 et 17 tonnes de leur ivoire n’ont pas rencontré d’écho favorable à leur requête. En plus du droit ponctuel d’exploitation de ses actuels stocks, l’Afrique australe proposait également l’instauration de quotas annuels d’exportation. La question n’a, pour l’heure, pas encore été clairement discutée au sein de la Cites.

Adoptée à la majorité des deux tiers, la résolution -qui doit être ratifiée ce vendredi- a bénéficié du soutien capital des Américains. Un vote où l’Union Européenne a préféré s’abstenir. L’Inde et le Kenya, les deux principaux militants radicaux pour l’interdiction de tout commerce d’ivoire, n’ont pas su rallier les autres pays à leur cause.

Craintes du braconnage

 » Pendant que les pays riches peuvent se permettre de promouvoir la conservation par la stricte protection, beaucoup de pays pauvres doivent le faire de façon à ce que les communautés locales puissent en profiter. Mais ils doivent surtout trouver les fonds nécessaires pour assurer la protection des espèces », expliquait Willem Wijnstekers, le secrétaire général de la Cites.

Un argument économique que refusent d’entendre les Organisation non gouvernementales (ONG) environnementales. Pour beaucoup, la décision du Cites signe la perte des éléphants.  » La situation peut devenir incontrôlable. Elle pourrait déclencher une mode pour les objets en ivoire en Chine, ce qui pourrait être dévastateur pour les éléphants d’Afrique « , témoigne un membre de l’association Save the Elephant dans le Daily Mail & Guardian. La crainte : l’explosion du braconnage.

Trois systèmes de garantie

Les stocks débloqués par la Cites sont issus des éléphants morts de vieillesse et ceux tués dans le cadre de la régulation des populations animales. Pour répondre aux inquiétudes quant à la recrudescence du braconnage, l’organisation s’est ménagée plusieurs garde-fous pour éviter les dérives. Elle se réserve le droit de suspendre à tout moment l’initiative commerciale. De façon plus structurelle, l’organisation a décidé de se doter de deux systèmes d’observation et du braconnage (le Mike : Monitoring illegal killing of elephant) et de la vente illégale d’ivoire (l’Etis : Elephant trade information system).

Visitez le site du Cites http://www.cites.org

Le communiqué de presse du Cites :

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L’Afrique australe, l’ivoire et le Cites